Le 1er mai, fête internationale du travail, célébré comme dans de nombreux pays à travers le monde, a été une occasion solennelle pour les travailleurs sénégalais de faire entendre leurs revendications. À l’instar des autres syndicats, le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (SYNPICS) a profité de cette journée pour alerter les autorités sur la situation préoccupante des médias dans le pays.
Au Palais de la République, devant le président de la République Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko, l’Assemblée nationale, les membres du gouvernement et des centrales syndicales, lors de la remise des cahiers de doléances des centrales syndicales, le tout nouveau secrétaire général du SYNPICS, Moustapha Cissé, a livré un plaidoyer vibrant pour la refondation du secteur de la presse.
« Une presse libre ne peut exister si elle est soumise à des pressions économiques ou politiques », a-t-il martelé, dénonçant une série d’injustices dans les secteurs public et privé : salaires suspendus, reclassements ignorés, affectations arbitraires, absence de protection sociale, retards de paiement et non-respect de la convention collective.
Trois piliers pour une presse refondée
Dans un discours fort et structuré, le SG du SYNPICS a présenté les grandes lignes de la vision portée par le nouveau bureau élu en avril dernier. Trois axes majeurs guident leur ambition. D’abord, l’indépendance structurelle pour garantir une presse libre. Le syndicat exige une régulation impartiale, la transparence dans les financements et le respect strict des statuts professionnels.
Ensuite, la valorisation des acteurs. Pour le syndicat, les journalistes et techniciens doivent être reconnus, protégés par des contrats dignes et bénéficier de conditions de travail sécurisées.
Enfin, la transformation numérique et éthique, car dans un paysage médiatique en pleine mutation, estime le SG, l’importance d’outils modernes encadrés par une forte déontologie au service d’un journalisme responsable est cruciale.
Une interpellation forte à l’endroit du Chef de l’État
Appelant à une rupture dans la gouvernance médiatique, Moustapha Cissé a exhorté les autorités à transformer le 3 mai – Journée mondiale de la liberté de la presse – en un tournant historique.
« Que cette journée devienne le symbole d’un nouvel élan pour la presse sénégalaise. Un moment où nous affirmons ensemble notre engagement pour une presse forte, digne et résolument souveraine », a-t-il lancé.
En remettant le cahier de doléances, il a précisé : « Monsieur le Président, en vous remettant ces doléances, nous n’exprimons pas seulement des revendications, nous partageons une vision. Une vision où le Sénégal, fidèle à son héritage de démocratie et de justice, deviendra un modèle en Afrique et dans le monde pour la protection et la valorisation de sa presse, dans toute sa diversité ».
Des urgences ignorées et une profession en péril
Le SG a également égrené une série d’urgences concrètes. Dans le lot, il a ainsi listé le budget 2024 de la Cored qui est toujours en attente, la paralysie de l’organe d’autorégulation (Cored), le problème des cartes de presse non délivrées depuis un an, le retard dans l’application des conclusions des assises, entre autres.
Mais c’est surtout l’arrêté ministériel interdisant la parution ou la diffusion de 381 médias qui a suscité l’indignation du syndicat. « Dans ce musée qu’est devenu notre secteur, la création d’emplois commence par la préservation de ceux qui existent », a dénoncé Moustapha Cissé, évoquant un « sabotage institutionnel » qui jette la profession dans l’incertitude.
Le SG du SYNPICS a lancé un appel solennel au président Diomaye Faye, l’enjoignant à jouer son rôle de garant de la démocratie. « Une presse souveraine, une presse libre mais organisée, une presse régulée, mais jamais instrumentalisée », tel est son plaidoyer auprès du Président Bassirou Diomaye Faye.
Et de conclure dans un ton grave, mais résolument optimiste : « Vive le Sénégal ! Vive la liberté de la presse ! Vive les professionnels des médias et de la communication ! »
Raune





