Affaire du Palais de justice de Pikine-Guédiawaye : Entre documents falsifiés, conflits d’intérêts et terrain morcelé illégalement

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Le terrain initialement destiné à accueillir le Palais de Justice de Pikine-Guédiawaye est au cœur d’un scandale foncier d’ampleur nationale. Des anciens hauts responsables de l’État, un promoteur immobilier controversé, ainsi que des agents domaniaux sont impliqués dans un système complexe d’attributions irrégulières, où se mêlent soupçons de corruption, falsifications de documents et batailles d’influence.

Le dossier a pris une tournure spectaculaire avec la confrontation entre deux anciens directeurs des Domaines, Mamadou Guèye et Mame Boye Diao, et Mamadou Moustapha Dia, président de la Commission de Contrôle des Opérations Domaniales (CCOD). Ce dernier soutient que toutes les attributions foncières réalisées sans l’aval de sa commission sont nulles et non avenues, dénonçant une violation manifeste de la procédure légale.

Les accusations sont graves, renseigne dans sa livraison du jour l’Observateur, repris par PressAfrik. Selon Mamadou Moustapha Dia, plusieurs baux ont été délivrés en toute illégalité sur le site, en dépit d’un décret présidentiel – le n°2020-1281 du 8 juin 2020 – qui affectait formellement 2 hectares, 85 ares et 14 centiares au ministère de la Justice pour y ériger un tribunal.

Un protocole controversé au ministère de la Justice

Le scandale s’aggrave avec l’implication de Mohamed Anas El Bachir Wane, ancien directeur des constructions au ministère de la Justice, qui met directement en cause Ismaïla Madior Fall, ancien Garde des Sceaux. Il l’accuse d’avoir signé un protocole avec le promoteur Cheikh Guèye pour céder près d’un hectare (9 598 m²) en échange de la construction d’un centre de surveillance électronique.

Cheikh Guèye affirme, de son côté, que le ministre lui aurait demandé 250 millions FCFA en contrepartie, dont 50 millions auraient été remis en liquide dans son bureau. Une somme que le ministre lui a par la suite restititué en annulant l’opération. Des allégations explosives qui, faute de preuves matérielles à ce stade, restent à confirmer, mais jettent une ombre sur la probité de l’ancien ministre.

Terrain morcelé, bénéficiaires inconnus et documents douteux

L’assiette foncière, censée rester intacte pour les besoins de la justice, a pourtant été morcelée en 36 parcelles. Une liste de bénéficiaires, signée par Mame Boye Diao, fait polémique. Certaines personnes y figurant affirment n’avoir jamais introduit de demande ni même été informées. Des plaintes pour faux et usage de faux ont été déposées.

Le chef du Bureau des Domaines de Guédiawaye, Serigne Assane Fall Dia, soutient qu’il n’avait pas connaissance du décret présidentiel au moment du lotissement, et qu’il a agi sur la base d’une lettre de Mamadou Guèye décrivant le découpage du terrain.

Un plan d’urbanisme utilisé malgré un décret en vigueur

Pour justifier les opérations de lotissement, les responsables invoquent un Plan d’Urbanisme de Détail (PUD). Mais selon Abdoulaye Diouf, Directeur général de l’Urbanisme, ce plan ne saurait avoir force légale tant que le décret présidentiel d’affectation n’a pas été abrogé. Cette situation rend juridiquement caduques toutes les attributions foncières sur le site.

Face à la pression, Mame Boye Diao a reconnu avoir attribué cinq parcelles à des proches, tout en niant toute implication dans les autres attributions. Il s’avère cependant incapable de produire les actes administratifs justifiant ces modifications ou annulations de décret.

Cheikh Guèye admet, quant à lui, avoir obtenu ses documents par l’intermédiaire de Serigne Assane Fall Dia et Mamadou Guèye. Mais l’origine de son bail reste floue, et les zones d’ombre sur le montage administratif persistent.

En tout état de cause, ce scandale met crûment en lumière les failles de la gouvernance foncière au Sénégal : opacité des procédures, interventions politiques, absence de contrôle rigoureux, et personnalisation des décisions publiques. La justice est désormais attendue pour faire toute la lumière sur cette affaire, dont les ramifications pourraient entraîner d’autres révélations dans les prochains jours.

Raune

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