L’Assemblée nationale du Sénégal examine ce mardi 3 mars le projet de loi n°04/2026 portant création du Conseil national de Régulation des Médias (Cnrm), une réforme majeure appelée à transformer en profondeur l’encadrement du paysage médiatique sénégalais à l’ère du numérique.
Présenté par le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, le texte marque une rupture nette avec le modèle du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), dont les compétences étaient essentiellement limitées à la radio et à la télévision.
La principale innovation du futur Cnrm réside dans son approche : il ne s’agira plus seulement de réguler un support (radio, télévision), mais le contenu lui-même, quel que soit le canal de diffusion.
Presse écrite, audiovisuel, médias en ligne, plateformes numériques, réseaux sociaux, contenus générés par l’intelligence artificielle : tous entreraient dans le champ de compétence du nouveau régulateur. Toute diffusion publique, indépendamment du nombre d’abonnés ou de la technologie utilisée, pourrait ainsi être concernée.
L’objectif affiché est de combler les « angles morts » de la circulation de l’information, dans un contexte marqué par la montée de la désinformation, des discours de haine et des manipulations numériques.
Autre innovation de taille : le Cnrm disposerait d’une compétence explicite à l’égard des grandes plateformes opérant sur le territoire national, notamment : Google,Meta Platforms, Apple, Amazon et Microsoft
Le texte prévoit des sanctions financières proportionnelles au chiffre d’affaires, traduisant la volonté de soumettre les acteurs globaux aux mêmes exigences que les médias locaux.
Le futur Cnrm serait composé de douze membres recrutés par appel à candidatures. Les profils recherchés incluraient des spécialistes du numérique, du droit et de l’économie des médias. Le collège intégrerait également des représentants des créateurs de contenus, des défenseurs des droits humains ainsi que des associations de personnes vivant avec un handicap.
Les membres exerceraient un mandat de trois ans, renouvelable une fois, avec obligation de publier des rapports trimestriels afin de garantir la transparence et la performance de l’institution.
Au-delà du contrôle des contenus, le Cnrm se verrait confier une mission de régulation économique, notamment en matière de certification des audiences, enjeu stratégique dans l’économie numérique. Doté d’une autonomie financière et d’outils techniques de veille, il pourrait superviser aussi bien les radios locales que les contenus diffusés en ligne, indépendamment de leur localisation.
Avec cette réforme, le Sénégal affiche l’ambition de se positionner parmi les pionniers africains d’une régulation intégrée, adaptée aux défis technologiques émergents et aux mutations profondes de l’espace informationnel.




