La Cour des comptes du Sénégal traverse une zone de turbulences après la publication de son rapport d’audit sur les finances publiques couvrant la période 2019-2023. De vives critiques internes, révélées par Jeune Afrique repris par Dakaractu, jettent le doute sur la fiabilité du document et soulèvent des interrogations sur les méthodes employées.
Le 12 février 2025, le grand public découvrait les conclusions de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques entre 2019 et 2023. Mais selon des informations obtenues par Jeune Afrique, ce rapport, censé éclairer la situation financière héritée de l’administration de Macky Sall, a suscité d’importantes réserves… au sein même de l’institution.
Dès le 23 décembre 2024, Mamadou Thiaw, président de la Chambre des affaires administratives, exprimait ses inquiétudes dans un document officiel. Il y dénonçait le manque « d’exhaustivité, d’exactitude et de pertinence » des informations contenues dans le projet de rapport. Selon lui, ces éléments risquaient d’être « remis en cause » en raison des méthodes de travail utilisées.
Objectif : Faire certifier les accusations portées contre le régime de Macky
Pour mieux comprendre de quoi il est question, Jeune Afrique interroge donc la date de sortie du gouvernement d’Ousmane Sonko. Face à la presse, le 26 septembre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko, son ministre de Finances Cheikh Diba et son ministre de l’Économie Abdourahmane Sarr ont présenté l’audit des finances publiques.
Cet audit, révèle Jeune Afrique, a été lancé six mois plus tôt, c’est-à-dire au lendemain de l’investiture du président Bassirou Diomaye Faye. Lors de cette conférence de presse qui fera date, les deux hommes ont accusé l’ancien président Macky Sall d’avoir manipulé les chiffres des finances publiques et ont dénoncé la « corruption généralisée ».
Dans le même temps, le gouvernement a demandé à la Cour des comptes de se pencher sur cet audit des finances publiques, conformément à la loi du 27 décembre 2012 portant sur le Code de transparence des finances publiques. En creux, révèle Jeune Afrique, « l’objectif est de faire certifier les accusations portées à l’encontre de la précédente administration par cette institution réputée comme indépendante ».
Divergences au sein de l’institution
Mais le processus a vite montré ses limites. La Chambre des affaires budgétaires et financières (CABF), en charge du dossier, a transmis une première version du rapport aux présidents des cinq chambres ainsi qu’au premier président de la Cour, Mamadou Faye, en décembre 2024. Celui-ci a relevé un manquement fondamental : la fiabilité des données fournies par le gouvernement n’a pas été vérifiée, contrairement aux consignes initiales.
« Si cette vérification a été faite, elle ne transparaît pas dans le document », aurait-il écrit, selon Jeune Afrique. Pire encore, les auditeurs eux-mêmes ne se prononcent pas sur l’existence ou non d’un excédent budgétaire en 2022 et 2023, ce qui pose problème sur le plan méthodologique et juridique.
Ces révélations fragilisent l’image d’impartialité et de rigueur de la Cour des comptes, pourtant considérée comme un pilier du contrôle démocratique des finances publiques. À l’heure où le nouveau pouvoir entend faire le ménage dans la gestion de l’État, cette crise interne pourrait miner la crédibilité des accusations portées contre le régime précédent.
En filigrane, ce conflit illustre aussi les tensions entre institutions sous l’ère Faye-Sonko, et les défis d’une transition politique placée sous le signe de la reddition des comptes.
Raune




