En visite éclair à Dakar, le président de la CAF, Patrice Motsepe, a abordé trois dossiers brûlants : les 18 supporters sénégalais détenus au Maroc, la polémique autour du verdict du jury d’appel de la CAF et les soupçons de corruption de l’instance. Entre appel à la diplomatie et promesse de fermeté, son discours oscille entre prudence institutionnelle et volonté d’apaisement.
Sortant de sa réserve sur le dossier des 18 supporters sénégalais détenus au Maroc depuis le 18 janvier, le président de la CAF a reconnu la responsabilité morale de son institution, tout en soulignant les limites de son champ d’action. « Ils ont été arrêtés dans le stade, donc c’est de notre responsabilité en tant organisateur », a déclaré Patrice Motsepe.
Dans la même dynamique, il a jugé légitime la mobilisation autour de leur libération : « La libération des 18 supporters sénégalais est une requête totalement légitime ». Toutefois, le dirigeant sud-africain a clairement orienté la résolution du dossier vers les canaux étatiques. « Ce sont des discussions de haut niveau sur le plan diplomatique », a-t-il insisté.
Face à la sensibilité du dossier, il appelle à la discrétion.
« Les discussions devront se faire à plusieurs niveaux, en priorité sur le plan diplomatique, afin de trouver une solution durable », avant d’ajouter que ces échanges « ne doivent pas se tenir dans l’espace public ou médiatique ». Malgré cette prudence, il assure que la CAF reste pleinement mobilisée : « Cette situation nous préoccupe au niveau de la CAF ».
Corruption : une ligne dure affichée
Au cœur des tensions entre le Sénégal et la CAF, la décision du jury d’appel ayant donné la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0) continue de susciter l’indignation. L’État du Sénégal a officiellement demandé l’ouverture d’une enquête pour corruption.
Une requête prise en compte par Patrice Motsepe, qui affiche une position ferme. « C’est un objectif critique des changements fondamentaux que nous introduisons à la CAF. Nous voulons mettre le football africain au niveau du football mondial. L’idée est d’appliquer une tolérance zéro vis-à-vis de la corruption », dit-il.
Il insiste sur une réforme en profondeur de la gouvernance. « Nous voulons zéro corruption dans le football africain, que ce soit dans les décisions ou dans les actes du quotidien. Les 54 associations membres doivent participer à un football équitable, juste et débarrassé de toute forme de corruption », clame le sud-africain.
Verdict contesté : cap sur le TAS
Sur la décision litigieuse, le président de la CAF se retranche derrière le respect des procédures, renvoyant l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport.
« Vous pouvez me poser la question cent fois, je donnerai la même réponse. Nous avons l’obligation de respecter les procédures. Nous devons attendre la décision du TAS, qui est la plus haute juridiction en matière d’arbitrage sportif ».
Il insiste sur son devoir de réserve. « Il n’est ni normal ni autorisé de donner des avis personnels tant que le dossier est pendant devant le TAS. Quelle que soit la décision, nous devrons l’accepter et l’appliquer », déclare-t-il.
Entre apaisement et soupçons de manœuvre
Malgré les tensions, Patrice Motsepe tente de projeter les acteurs vers les échéances à venir. « Nous devons maintenant nous concentrer sur la Coupe du monde. J’ai dit au président Fall que j’espère voir le Sénégal en finale en Amérique », souligne Motsepe.
Mais derrière ce discours d’apaisement, certains observateurs y voient une stratégie visant à désamorcer la pression, alors que l’opinion sénégalaise reste mobilisée sur deux fronts : la bataille juridique devant le TAS et la libération des supporters détenus.
Après Dakar, le président de la CAF est attendu à Rabat, où il doit rencontrer les autorités fédérales et étatiques marocaines, dans un contexte toujours aussi tendu.
Raune





