Burkina Faso : Massacre de plus de 130 civils peuls dans l’ouest par l’armée, selon Human Rights Watch

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L’armée burkinabè et des milices pro-gouvernementales, appelées Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), seraient responsables du massacre de plus de 130 civils peuls dans la région de la Boucle du Mouhoun, selon un rapport accablant publié le 12 mai 2025 par Human Rights Watch (HRW). Ces tueries auraient eu lieu en mars et avril 2025, lors de l’opération militaire baptisée Tourbillon Vert 2.

HRW affirme que les massacres se sont produits à proximité de Solenzo, dans la province des Banwa, alors que l’armée et les VDP menaient une vaste campagne contre les groupes armés islamistes. Les victimes, majoritairement des femmes, enfants et personnes âgées, auraient été prises en tenaille par les forces de sécurité, qui leur ont tiré dessus alors qu’elles tentaient de fuir.

Les opérations, qui ont débuté le 27 février et duré jusqu’au 2 avril, auraient été menées par plusieurs bataillons d’intervention rapide et coordonnées par le Groupe d’intervention rapide 2. Des témoins ont rapporté que des hélicoptères et des drones survolaient la zone, ce qui indiquerait un contrôle direct du haut commandement.

Des dizaines de survivants interrogés par HRW – parmi eux 27 témoins directs, deux membres de milices et quatre journalistes – décrivent des scènes de panique et de brutalité. Un éleveur de 44 ans originaire de Solenzo a déclaré : « Les VDP nous ont tiré dessus comme des animaux, pendant que des drones volaient au-dessus de nos têtes ».

Certains habitants avaient été prévenus à l’avance des préparatifs militaires. Un homme de Sanakuy a raconté qu’un ami proche des milices l’avait aidé à fuir à la frontière malienne un jour avant les tueries.

Le gouvernement burkinabè, dans un communiqué du 15 mars, a affirmé que ses forces avaient repoussé une attaque terroriste le 10 mars et tué une centaine d’assaillants. Il assure avoir trouvé des femmes, enfants et personnes âgées utilisés comme « boucliers humains » par les terroristes, et les avoir mis en sécurité. Officiellement, 318 personnes déplacées ont été prises en charge à Ouagadougou.

Cependant, HRW conteste cette version. Selon les témoins, aucun affrontement n’a eu lieu dans la zone de Solenzo, ce qui laisse penser à une opération ciblée et préméditée contre les civils peuls.

Représailles du GSIM

 

En réponse à ces massacres, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a mené des représailles sanglantes dans la province du Sourou. Des témoignages évoquent des exécutions publiques d’hommes soupçonnés de collaboration avec l’armée. Une femme de 60 ans a rapporté avoir vu jusqu’à 70 cadavres devant un centre médical à Tiao le 5 avril.

HRW rappelle que toutes les parties au conflit doivent respecter le droit international humanitaire. Les exécutions sommaires, attaques contre des civils et autres abus commis de façon systématique peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. Les commandants militaires pourraient être tenus responsables s’ils n’ont pas empêché ou sanctionné ces actes.

« L’ampleur des atrocités dans l’ouest du Burkina Faso reste largement ignorée », déplore Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel. HRW appelle le Conseil de sécurité de l’ONU et l’Union africaine à agir de toute urgence pour protéger les civils.

La crise humanitaire et sécuritaire s’aggrave au Burkina Faso, où l’amalgame entre certaines communautés ethniques et les groupes djihadistes semble alimenter des violences à caractère ethnique. La communauté internationale est interpellée face à cette nouvelle escalade.

 

Raune

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