Le Sénégal enregistre une progression notable dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025, publié ce vendredi 2 mai par Reporters sans frontières (RSF). Le pays passe de la 94e à la 74e place, gagnant 20 rangs en un an. Cette avancée survient dans un contexte où la liberté de la presse connaît un recul préoccupant dans de nombreux pays, notamment en Afrique.
En juin dernier, RSF avait présenté à Dakar un rapport intitulé « Le journalisme sénégalais à la croisée des chemins », dressant un constat sévère : plus de 60 journalistes ont été arrêtés ou agressés entre 2021 et 2024. Malgré ce sombre tableau, le Sénégal semble amorcer un tournant grâce à certaines réformes.
Selon RSF, le pays se distingue désormais par « une transparence qui est au cœur de réformes en cours », bien que la profession continue de dénoncer des contrôles fiscaux renforcés et la suspension de conventions publicitaires avec des entités publiques.
Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, alerte cependant sur une menace nouvelle. « La principale menace à la liberté de la presse n’est plus uniquement la violence ou la censure : c’est désormais la précarité économique des médias », avertit-il. Poursuit, il dit : « quand les médias sont asphyxiés financièrement, ils ne peuvent pas résister aux logiques de désinformation, ni aux pressions politiques et économiques ».
« Les médias sont asphyxiés financièrement »
Le rapport 2025 met en lumière une crise systémique mondiale. Dans 160 des 180 pays évalués, les médias ne parviennent pas à assurer leur viabilité financière, et dans un tiers d’entre eux, des rédactions ferment régulièrement. Le Sénégal, malgré sa remontée, n’échappe pas à cette réalité.
Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF, insiste sur l’enjeu économique. « Garantir un espace médiatique pluraliste, libre et indépendant nécessite des conditions financières stables et transparentes. Sans indépendance économique, pas de presse libre », souligne-t-elle, tout en déplorant le fait que « les médias d’information fragilisés dans leur économie deviennent la proie des oligarques ou de décideurs publics qui les instrumentalisent ».
En Afrique, la situation est critique. RSF observe une concentration des médias entre les mains d’acteurs proches du pouvoir ou du monde des affaires, fragilisant leur indépendance. Dans plus de la moitié des pays du continent, les journalistes évoluent dans « un environnement hostile à l’indépendance de la presse, souvent contraints à l’autocensure ou à l’exil ».
Le Sénégal est classé 15e en Afrique et 7e dans l’espace CEDEAO
Malgré ces défis, le Sénégal est désormais classé 15e en Afrique, et 7e dans l’espace CEDEAO, derrière des pays comme l’Afrique du Sud, la Namibie, le Cap-Vert, la Gambie ou la Côte d’Ivoire. M. Marong y voit un signe d’espoir, tout en appelant à une « mise en œuvre concrète » des engagements.
Mais il reste prudent. « Le défi principal reste la viabilité économique des organes de presse. Sans un plan d’appui structuré, l’indépendance ne pourra être garantie sur le long terme », dit le responsable de RSF qui estime que « plus de 85% des pays ne parviennent pas à assurer cette stabilité ». « Plus grave encore, dans près d’un tiers des nations, ils sont contraints de fermer », ajoute-t-il.
Le rapport dénonce également la mainmise croissante des géants du numérique. Les GAFAM captent l’essentiel des revenus publicitaires, au détriment des médias d’information traditionnels. En 2024, les dépenses publicitaires sur les plateformes sociales ont atteint 247,3 milliards de dollars, soit plus de 103 000 milliards de FCFA, en hausse de 14% par rapport à 2023.
« Il faut restaurer une économie des médias
Anne Bocandé plaide pour une régulation accrue. « Il faut restaurer une économie des médias qui permette une information fiable et de qualité », plaide-t-elle. Aussi, elle appelle à « des politiques publiques transparentes, des aides équitables, et une régulation des plateformes pour garantir le pluralisme ».
À l’échelle mondiale, le constat de ce classement 2025 de RSF est alarmant. Le score moyen passe sous les 55 points, basculant pour la première fois dans la zone « difficile ». Plus de 112 pays voient leur score reculer, et dans 42 d’entre eux, représentant plus de la moitié de la population mondiale, la situation est jugée « très grave ».
Sadibou Marong conclut sur une note de mobilisation : « Défendre la presse aujourd’hui, c’est défendre la démocratie et le droit des citoyens à une information fiable ».
Raune




