Crise dans les médias : La CAP dépeint une presse à l’agonie tel « un George Floyd étouffé par les institutions censées la protéger »

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La Coordination des Associations de Presse (CAP) tire la sonnette d’alarme face aux attaques persistantes que subit le secteur des médias au Sénégal depuis mai 2024. Dans un contexte de répression croissante, la CAP dénonce une série d’actions qu’elle impute directement au gouvernement, accusé d’étouffer progressivement la liberté de la presse sous couvert de régulation.

Selon la CAP, les autorités ont franchi un nouveau cap en publiant un arrêté ministériel daté du 22 avril 2025 (n° 011059), accompagné d’une assignation émise par la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), ordonnant la « cessation immédiate d’activité des entreprises de presse jugées non conformes au Code de la presse ». Près de 300 médias pourraient être concernés par cette mesure, déjà appliquée à une vingtaine de structures dont les responsables ont été convoqués à la DST.

« Cette saisine des Services du Ministère de l’Intérieur, qui criminalise, désormais et de façon illégale, l’activité de presse, date de la deuxième quinzaine du mois de février », rappelle la CAP, qui note que plusieurs organisations professionnelles ont depuis alerté sur l’illégalité et les lacunes de ces mesures.

Un silence assourdissant des institutions

Mamadou Ibra Kane, Ibrahima Lissa Faye et compagnie, qui étaient en conférence de ce presse ce mardi, regrettent « l’absence totale de réaction des institutions nationales et internationales ». Ce, malgré la saisine de la Cour suprême concernant l’arrêté n° 024462 du 1er octobre 2024, créant une Commission chargée de valider les déclarations des entreprises de presse. « Bref, tout laisse croire que tout le monde semble souhaiter insidieusement la mort de la presse sénégalaise », déplore la CAP.

La CAP dénonce de « nombreux vices de forme » dans le processus de régulation mené par le ministère de la Communication. Elle s’interroge notamment sur « l’absence d’un arrêté officiel publiant la liste des médias déclarés conformes », ainsi que sur le « manque total de notification aux entreprises déclarées non conformes ».

« Ce flou total orchestré par le Ministère de tutelle a pour but d’imposer l’autocensure et de semer la panique dans toutes les rédactions », estime-t-elle, soulignant que la « plateforme d’enregistrement des médias est fermée depuis février, empêchant la création de nouvelles entreprises de presse ».

Les organes d’autorégulation neutralisés

Parlant d’agonie, vue la situation actuelle, elle est, selon la CAP, qu’elle en arrive à comparer symboliquement la presse sénégalaise à « un George Floyd étouffé par les Institutions censées la protéger ». Elle dénonce la rupture brutale, en mai 2024, des contrats entre les médias et les structures publiques à la suite d’une circulaire du Premier ministre, ainsi que le gel du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP).

Le fonctionnement des organes de régulation et d’autorégulation est également entravé. Les cartes nationales de presse ne sont plus délivrées depuis février 2024, le Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) est paralysé par l’inexistence de son organe délibérant, et la Commission d’examen et de validation semble avoir pris le dessus sur toutes les autres instances.

Appel à la mobilisation et plan d’action de riposter

Face à cette situation, la CAP appelle à une mobilisation générale. Un formulaire est mis en ligne pour identifier les entreprises déclarées non conformes et les accompagner juridiquement. Tous les responsables de médias sont invités à déposer un recours le même jour devant la Chambre administrative de la Cour suprême.

La CAP prévoit également une série de rencontres tout au long du mois de mai, en partenariat avec les syndicats, le patronat, les ONG de défense des droits de l’Homme et la société civile. Cette campagne d’action se clôturera par un sit-in devant les locaux du ministère de la Communication.

Dans cette dynamique, la CAP annonce une restructuration interne et une formalisation de son organisation à travers une Assemblée générale prévue le 17 mai prochain, rendue possible notamment par les récents changements à la tête du SYNPICS et de la Convention des Jeunes Reporters.

Raune

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