L’Alliance Pour la République (APR) ne prendra pas part au dialogue national convoqué par le président Bassirou Diomaye Faye pour le 28 mai prochain. L’annonce a été faite ce vendredi par Seydou Guèye, porte-parole du parti de Macky Sall et ancien ministre, lors d’une conférence de presse au siège de la formation politique.
Le chef de l’État avait annoncé l’ouverture de ce dialogue national dans son adresse à la Nation du 3 avril 2025, à la veille de la célébration du 65e anniversaire de l’indépendance. Une date hautement symbolique que l’APR revendique d’ailleurs comme l’un de ses legs.
« C’est sous notre magistère que la date du 28 mai a été instituée comme celle du dialogue national », a rappelé Seydou Guèye. Il a tenu à souligner que « l’APR reste partisane d’un dialogue inclusif, ouvert, libre et centré sur les vraies préoccupations des Sénégalais à savoir la crise économique, le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes, ou encore la place du Sénégal à l’échelle internationale ».
Un rejet assumé du cadre proposé
Malgré son attachement au dialogue comme principe, l’APR considère que les conditions ne sont pas réunies pour participer à l’initiative présidentielle. « L’Alliance Pour la République ne peut pas et ne participera pas à ce dialogue », a tranché Seydou Guèye. Il accuse le pouvoir en place d’avoir instauré un climat de défiance, marqué par des attaques répétées à l’encontre de l’ancien président Macky Sall et de son entourage.
« Quand un ministre traite le chef de notre parti, qui a dirigé ce pays pendant 12 ans, de chef de gang ; quand le président de la République attaque publiquement, pour la première fois au Sénégal, son prédécesseur qui lui a transmis le pouvoir démocratiquement ; quand le Premier ministre, les ministres, des directeurs généraux et des organes de presse proches du pouvoir s’en prennent à notre parti… l’APR ne peut pas cautionner cette démarche », a-t-il martelé.
Des accusations graves contre le pouvoir
L’ancien porte-parole du gouvernement a dénoncé un climat de répression et de stigmatisation ciblant les responsables du régime précédent. « Ce que nous observons, c’est une mise à l’écart organisée des partis légalement constitués au profit de coalitions opportunistes, sans ancrage ni légitimité historique », a-t-il affirmé.
« Aujourd’hui, l’APR refuse de participer à un simulacre de dialogue qui semble avoir pour seul objectif de justifier des règlements de comptes politiques. Nous ne pouvons cautionner un processus biaisé où l’arbitraire remplace le droit », a-t-il asséné.
Seydou Guèye accuse l’exécutif actuel de pratiques liberticides. « Le pouvoir en place semble animé par une obsession malsaine d’effacer l’héritage du régime précédent. Cette dynamique se manifeste par une instrumentalisation grossière du populisme, de l’insulte, de la violence verbale, de la manipulation et de la diabolisation », s’est-il désolé.
Il a dressé un tableau sombre des pratiques gouvernementales. « Quand le pouvoir cible, harcèle, menace, emprisonne des ministres, directeurs généraux et autres hommes d’affaires, uniquement dans le but de décapiter notre parti… Quand les droits de l’opposition sont piétinés… Quand les libertés démocratiques les plus élémentaires sont bâillonnées… comment serait-il possible alors de dialoguer ? », s’est-il encore interrogé.
Un appel à un cadre transparent et respectueux
Malgré son retrait, l’APR dit ne pas renoncer au dialogue de principe. « Le parti reste attaché à la pacification de l’espace politique et à la paix sociale », a assuré Seydou Guèye. Il insiste néanmoins sur la nécessité d’un cadre plus équilibré.
« Nous exigeons un cadre transparent, inclusif, respectueux des forces politiques et des règles démocratiques. Ce n’est qu’à ces conditions que nous pourrons contribuer de manière responsable et constructive à la consolidation de notre démocratie », s’est-il avancé.
Enfin, tout en marquant son opposition à la rencontre du 28 mai, l’APR dit respecter les partis qui décideront d’y participer. « C’est dans le respect des positions autonomes que se fortifie la pluralité politique », a conclu M. Guèye.
Raune




