L’idylle politique s’effrite. Hier encore soudés par l’épreuve et portés par une ferveur populaire inédite, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko donnent aujourd’hui l’image d’un tandem sous tension. Les signes de fracture ne sont plus discrets : ils s’exposent, s’assument presque, au sommet de l’État.
Le limogeage d’Ousseynou Ly, aussitôt remplacé par Abdoulaye Tine, dépasse de loin le cadre d’un simple jeu de chaises musicales. C’est un signal politique net. En installant à ce poste stratégique le coordonnateur de la coalition Diomaye Président, le chef de l’État reprend la main sur la narration du pouvoir, jusque-là fortement marquée par l’ombre de Sonko et de son cercle.
Mais le véritable tournant est ailleurs. En affirmant publiquement qu’il est “le maître” et qu’il peut se séparer de son Premier ministre à tout moment, Diomaye Faye a brisé un tabou. Derrière la rigueur institutionnelle, le message est limpide : l’équilibre est rompu, ou du moins sérieusement ébranlé. Une telle déclaration, dans un attelage aussi sensible, sonne comme un avertissement à peine déguisé.
Dès lors, la question n’est plus théorique : Ousmane Sonko est-il fragilisé ? Son bilan annoncé, présenté comme un exercice de transparence, pourrait bien être un test grandeur nature. Consolidation ou prélude à une mise à l’écart ? L’homme fort de Pastef joue ici bien plus que son poste : il joue son poids réel dans l’architecture du pouvoir.
Le malaise trouve aussi sa source dans la rue. Les attentes étaient immenses, presque démesurées. Promesses de rupture, de souveraineté, de justice sociale : le duo incarnait une espérance. Mais pour une partie des Sénégalais, les résultats tardent. Et quand les résultats tardent, les tensions montent d’abord dans l’opinion, ensuite au sommet.
Car au fond, ce qui se fissure n’est pas seulement une relation. C’est un projet. La complémentarité qui faisait la force du duo Diomaye, garant institutionnel ; Sonko, moteur politique semble aujourd’hui se retourner contre lui. L’exercice du pouvoir révèle les lignes de fracture que l’opposition masquait.
Le spectacle qui s’offre au pays est préoccupant. Car une rupture ouverte ne serait pas qu’un clash d’ego : elle pourrait ébranler toute la mécanique du pouvoir installée après leur victoire.
Sommes-nous à la fin d’un cycle ? Peut-être pas encore. En politique, les alliances meurent rarement sans sursaut. Mais une certitude s’impose : un cap a été franchi. Et si rien n’est recalibré rapidement, le fossé qui se creuse pourrait, cette fois, devenir impossible à combler.




