Le Sénégal continue de pleurer Ablaye Ndiaye, monument de la musique moderne et gardien des traditions, disparu le 20 mai 2022 à Thiès. Avec sa voix unique, son attachement profond au patrimoine sénégalais et son immense talent artistique, celui que l’on surnommait « Cosaan » a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire culturelle du pays.
Né en 1936, Ablaye Ndiaye fait partie des pionniers qui ont révolutionné la musique sénégalaise après les indépendances. Formé très jeune dans les « assak », les cérémonies traditionnelles de circoncision, il s’impose dès les années 1950 dans les orchestres de la place avant de créer son propre groupe, le Cosaan Club.
Sa consécration arrive en 1966 avec le titre mythique « Taal leen làmp », sacré hymne le plus populaire du premier Festival mondial des Arts nègres. Une œuvre devenue symbole d’une époque où la culture sénégalaise affirmait son identité au monde entier.
Ablaye Ndiaye aura surtout marqué son temps en imposant le wolof dans la musique moderne, aux côtés d’autres artistes engagés dans la valorisation des langues nationales. Salsa, rumba, jazz et sonorités traditionnelles se mélangeaient dans un style profondément enraciné, porté par une voix reconnaissable entre mille.
Influencé aussi bien par les chants griotiques que par Chuck Berry, B.B. King ou Duke Ellington, l’artiste incarnait parfaitement cette alliance entre modernité et tradition chère à Léopold Sédar Senghor.
Malgré une carrière immense, il faudra attendre ses 74 ans pour voir sortir son premier album solo, « Thiossane », produit par Syllart Records. Une œuvre rare et précieuse qui réunit plusieurs grandes figures de la musique sénégalaise.
Mais Ablaye Ndiaye n’était pas seulement musicien. Peintre, sculpteur, dessinateur et tapissier, il consacra une grande partie de sa vie aux arts plastiques après son passage au Royal Band de Thiès et à l’Orchestre national du Sénégal. Dans sa région natale, il a formé et inspiré de nombreux jeunes artistes.
Décoré Chevalier de l’Ordre national du Lion par Abdou Diouf puis Commandeur de la Légion d’honneur lors du Fesman, Ablaye Ndiaye laisse derrière lui un héritage immense.
Avec sa disparition, le Sénégal perd bien plus qu’un artiste : une mémoire vivante de sa culture, un homme de transmission et une figure majeure de son patrimoine musical et artistique.



