L’élu démocrate Cory Booker a battu mardi soir le record du plus long discours au Sénat américain en s’élevant pendant plus de 25 heures consécutives contre la politique de Donald Trump.
Le discours marathon du sénateur du New Jersey a effacé des tablettes le record de 1957 de Strom Thurmond, un sénateur de Caroline du Sud pro-ségrégation qui s’opposait à une loi historique sur les droits civiques et avait tenu l’hémicycle pendant 24 heures et 18 minutes.
Comme un symbole, peu avant de dépasser cette marque, Cory Booker a évoqué la voix chevrotante d’émotion et de fatigue l’un de ses mentors, John Lewis, figure du mouvement des droits civiques des années 1960.
Le sénateur a ainsi réutilisé le slogan de l’ancien élu démocrate au Congrès, décédé en 2020, pour appeler ses concitoyens à provoquer du désordre, un bon désordre dans la société américaine face aux politiques menées par Donald Trump.
« Ce n’est pas une question de gauche ou de droite. C’est une question de bien ou de mal. Amérique, c’est une question morale : la Constitution vit-elle en ton cœur », a lancé le sénateur peu après avoir battu le record.
Il a finalement cédé la parole à 20 h 05 (HAE) après 25 heures debout. Cory Booker monopolisait depuis la veille à 19 h l’hémicycle pour protester contre la politique inconstitutionnelle selon lui du président Trump.
« Je me lève avec l’intention de perturber les activités normales du Sénat des États-Unis aussi longtemps que j’en serai physiquement capable. Je me lève ce soir parce que je crois sincèrement que notre pays est en crise », avait déclaré l’élu au début de son marathon oratoire.
Cet ancien joueur de football s’est notamment indigné des coupes possibles dans le budget de Medicaid, l’assurance maladie des Américains à bas revenu, pour permettre des crédits d’impôt aux plus riches.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’opposition démocrate peine à répondre à la myriade de décrets et d’annonces du milliardaire républicain, qui a entrepris de démanteler de vastes pans de l’État fédéral, à coup de limogeages de fonctionnaires ou de suppressions pures et simples d’agences et de ministères.
Les critiques d’électeurs et sympathisants démocrates pleuvent depuis face à cette impuissance caractérisée. Le sénateur du New Jersey, pressenti parmi les candidats à l’investiture démocrate à la présidentielle de 2028, a donc affirmé derrière son pupitre qu’il avait décidé de se lancer dans ce discours marathon parce que les habitants du New Jersey qu’il représente l’avaient mis au défi de faire quelque chose de différent, de faire quelque chose.
Dans les minutes menant au record, les galeries de l’hémicycle du Sénat, ouvertes au public, s’étaient peu à peu remplies, tout comme les sièges des sénateurs démocrates venus apporter leur soutien à leur collègue. La moitié républicaine est restée presque vide.
Cory Booker a provoqué les rires de l’assistance lorsqu’il a dit observer l’horloge avec impatience. Et à 19 h 19, lorsque le record a été battu, le sénateur a reçu une ovation du public, des élus et des assistants.
À l’extérieur du Capitole, une dizaine de personnes étaient venues afficher leur soutien également, avec des pancartes où l’on pouvait lire : Merci Sénateur Booker.
Le règlement intérieur de la Chambre haute du Congrès permet à n’importe quel sénateur de prendre la parole, à condition de rester debout en parlant, sans prendre de pause : la tactique est surnommée filibuster, mot dérivé du français flibustier, puisque l’élu pirate ainsi la clôture des débats.
La manœuvre a été immortalisée par Frank Capra dans son film de 1939, Monsieur Smith au Sénat (Mr Smith Goes to Washington, dans la version originale en anglais). Le discours de Cory Booker ne représentait pas une tentative d’obstruction, car aucune loi n’était débattue.
Les règles sont strictes : impossible de s’asseoir ou de prendre une pause pour les besoins naturels. Le seul répit permis est celui de la voix, puisqu’un autre sénateur peut prendre la parole pour poser une question – parfois elle-même très longue – à l’élu debout au pupitre.
Au début de son intervention lundi soir, Cory Booker s’était livré à une attaque en règle de l’administration Trump. Ce ne sont pas des temps normaux aux États-Unis, avait-il affirmé visiblement ému, et ils ne devraient pas être traités comme tels.
(Source : ici.radio-canada.ca)




