Le temps des réunions sans lendemain est terminé. À Fatick, l’État sénégalais veut désormais passer à l’offensive contre l’une des menaces les plus silencieuses mais les plus mortelles du changement climatique qui sont les vagues de chaleur.
Ce mercredi, la gouverneure de la région, Ngoné Cissé, a présidé une réunion stratégique de relance du Comité régional Climat-Santé, mis en place en 2023 pour anticiper et réduire les risques sanitaires liés aux dérèglements climatiques. Mais cette fois, le message est clair : il ne s’agit plus de faire de la figuration administrative. La gouverneure compte agir vite, efficacement et jusque dans les villages les plus reculés.
À l’issue des échanges, un comité restreint a été installé sous la conduite du directeur régional de la Santé. Il aura comme mission de revoir entièrement l’architecture du dispositif, clarifier les responsabilités et surtout bâtir un plan d’action capable de répondre aux urgences climatiques qui frappent déjà les populations.
Car derrière les chiffres et les stratégies, la réalité est brutale : les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents, plus longs et plus dangereux. Les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les travailleurs exposés paient déjà le prix fort.
Avant cette rencontre régionale, les acteurs communautaires avaient été réunis lors d’un atelier de concertation organisé par le Centre de Suivi Écologique (CSE), l’ANACIM, le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique et la Croix-Rouge. Sous la présidence de l’adjoint au gouverneur, Dominique Coumba Ndofféne Diouf, les participants ont insisté sur une urgence : faire descendre l’alerte climatique jusqu’aux communautés.
Informer à temps. Prévenir avant le danger. Former des relais locaux capables d’identifier les risques et de diffuser les consignes. Pour les autorités, chaque minute gagnée peut désormais sauver des vies.
Cette mobilisation s’inscrit dans le lancement du projet SSACH-Renforcer la résilience du système de santé face aux impacts du changement climatique au Sénégal-financé par la Fondation Rockefeller et coordonné par le CSE.
Fatick fait partie des six régions pilotes retenues, avec Dakar, Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis et Tambacounda.
L’objectif affiché est ambitieux. Il s’agira d’intégrer durablement la question climat-santé dans les politiques publiques. Cela passera notamment par la création d’une unité Climat-Santé au sein du ministère de la Santé, la mise en place d’un système d’alerte précoce multirisques dans les régions pilotes et la formation de cadres spécialisés capables de coordonner les réponses sanitaires face aux catastrophes climatiques.
Le changement climatique n’est plus une menace abstraite pour le Sénégal. Il s’invite déjà dans les hôpitaux, dans les champs, dans les maisons surchauffées et dans le quotidien des populations les plus vulnérables.
Ce qui s’est joué ce mercredi à Fatick dépasse donc une simple réunion administrative. C’est peut-être le début d’une nouvelle ligne de défense nationale face à une crise qui avance plus vite que les habitudes bureaucratiques.



