Fonds Covid-19 : L’Assemblée lève à nouveau l’immunité de Moustapha Diop qui refuse d’être “l’agneau du sacrifice”

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A de deux pour Moustapha Diop. Pour la deuxième fois en l’espace d’un mois, l’Assemblée nationale a voté la levée de l’immunité parlementaire de Moustapha Diop, député-maire de Louga et ancien ministre du Développement industriel et des Petites et moyennes industries. Sur les 124 députés votants, dont 16 par délégation, 116 ont voté en faveur de cette levée, contre seulement 8 oppositions. Le président de l’Assemblée a déclaré sans ambiguïté : « L’immunité parlementaire du député Moustapha Diop est levée ».

Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’enquête sur la gestion des Fonds Covid-19, un dossier qui secoue les plus hautes sphères de l’État. Déjà mis en cause dans l’affaire dite « Tabaski Ngom », Moustapha Diop voit à nouveau son immunité levée, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles poursuites judiciaires à son encontre.

De graves accusations de malversations

Devant les députés, le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, a exposé les raisons motivant cette procédure. Il a notamment rappelé avoir reçu les procès-verbaux d’enquête consécutifs au rapport de la Cour des comptes sur la gestion des fonds alloués durant la pandémie.

Selon les éléments présentés, le ministère dirigé par Moustapha Diop a perçu 2,5 milliards de francs CFA destinés à l’acquisition de masques. Or, les dépenses auraient été effectuées en espèces, rendant difficile toute traçabilité. « Ce mode de paiement ne permet pas de retracer précisément les dépenses… », a souligné le garde des Sceaux.

De plus, il est reproché à l’ancien ministre d’avoir nommé comme gestionnaire des fonds un homonyme, également nommé Moustapha Diop, en violation des règles de gestion des comptes de dépôt (article 11, alinéa 2 de l’arrêté n°21136 du 21 novembre 2017).

Paiements en espèces, témoignages accablants

L’enquête menée par la Division des investigations criminelles (DIC) confirme que des paiements ont été effectués en espèces, sur instruction directe du ministre. Ce procédé est contraire à l’article 104 du décret n°2020-978 du 23 avril 2020, qui impose l’usage du chèque ou du virement.

Parmi les témoignages recueillis, il ya celui de Mariata Basse qui affirme avoir reçu 20 millions de francs CFA en liquide, directement des mains du ministre, pour la fourniture de 50.000 masques. Pour sa part, Ibrahima Macodou Fall, directeur général des sociétés NSTS et Comaset, déclare avoir perçu 100 millions de francs CFA, également en espèces, pour 250.000 masques.

Le secrétaire général du ministère a confirmé que le choix des fournisseurs et l’établissement des contrats avaient été directement pilotés par Moustapha Diop. L’analyse des pièces justificatives révèle par ailleurs un écart inexpliqué de 2.327.500 masques, renforçant les soupçons de détournement de fonds publics, passibles de poursuites au titre des articles 152 et suivants du Code pénal et de l’article 140 du Code de procédure pénale.

Une défense véhémente du député Diop

Devant la Commission ad hoc, le principal intéressé a vivement contesté les accusations. « Tout le monde a été payé, mais on nous reproche seulement d’avoir payé l’argent en liquide. Ce n’est pas un délit, mais une faute de gestion qui devait être arbitrée par la Chambre financière de la Cour des comptes », a-t-il déclaré.

Il a dénoncé ce qu’il qualifie d’«acharnement politique ». « Si vous voulez, faites comme la dernière fois en retirant mon immunité. Ça m’est égal. Vous vous acharnez contre moi pour une affaire de 2,5 milliards de francs CFA, qui ne représentent même pas 0,1% du budget national, alors qu’il y a d’autres ministres qui ont géré 500 milliards. Où sont-ils ? Pourquoi sommes-nous seulement quatre ministres au banc des accusés ? Je n’accepterai pas d’être l’agneau du sacrifice ! », s’est-il emporté.

Ce second vote de levée d’immunité parlementaire marque un tournant dans les procédures judiciaires visant Moustapha Diop. Le député-maire de Louga devra désormais faire face à la justice pour répondre aux accusations pesant sur sa gestion des Fonds Covid-19, dans une affaire qui pourrait encore secouer durablement la scène politique nationale.

Raune

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