L’enquête sur la gestion des fonds alloués à la lutte contre la pandémie de Covid-19 au ministère des Sports prend une nouvelle tournure, avec des révélations qui mettent en lumière de nombreuses zones d’ombre. Inculpé sous le régime du contrôle judiciaire, l’ancien Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE), Mamadou Ngom Niang, a versé une caution de 150 millions de FCFA pour éviter la détention préventive.
Devant les enquêteurs de la Division des investigations criminelles (DIC), Mamadou Ngom Niang a soutenu que le ministère des Sports ne disposait pas de compte de dépôt au Trésor public, rendant difficile la traçabilité des flux financiers. Il a expliqué que le ministère des Finances avait transféré 400 millions de FCFA sous le chapitre « transferts courants », destiné aux associations et groupements sportifs.
Selon lui, la répartition des fonds aurait été directement supervisée par l’ancien ministre des Sports, Matar Ba, en collaboration avec le Comité national olympique sénégalais (CNOSS) et leDdirecteur des activités physiques et sportives, Mamadou Fall. Il affirme avoir agi uniquement sur ordre du ministre, qui lui aurait transmis un tableau détaillant les montants à allouer à chaque structure bénéficiaire.
Le cas particulier de la Fédération de basket
Parmi les opérations évoquées, Ngom Niang a révélé que Matar Ba aurait ordonné un virement de 205 millions de FCFA à la Fédération sénégalaise de basket, malgré l’absence de bons de paiement validés. Cette fédération, à laquelle l’État devait déjà 140 millions de FCFA, aurait restitué 50 millions sous forme de deux chèques. Ce montant aurait été utilisé par le DAGE pour apurer d’autres créances envers d’autres groupements sportifs.
Actuellement en poste aux services fiscaux de Guédiawaye, Mamadou Ngom Niang continue d’affirmer que tous les décaissements ont été effectués sur instruction du ministre, dans le strict respect de la hiérarchie. Seulement, s’il se décharge sur le ministre Matar Ba, il est aussi mis en cause par Saer Seck et le lutteur Gris Bordeaux.
Témoignages accablants de Saer Seck et Gris Bordeaux contre le DAGE
Lors des auditions menées par la DIC, des bénéficiaires des fonds ont mis en cause l’ancien DAGE. Saer Dièye Seck, ancien président de la Ligue sénégalaise de football professionnel (LSFP), a reconnu que la LSFP avait bien reçu une somme de 100 millions de FCFA le 12 mars 2021. Il a précisé que cet argent lui avait été remis en espèces par Mamadou Ngom Niang, avant d’être déposé, le jour même, sur le compte de la Ligue à la NSIA Bank.
Devant les enquêteurs, Saer Seck a contesté la validité de la décharge présentée à la Cour des Comptes par le DAGE, affirmant qu’il n’en est pas le signataire. Selon lui, la signature figurant sur le document ne correspond pas à la sienne, car il a recu l’argent en liquide sans avoir signé quoi que ce soit.
De son côté, Ibrahima Dione, alias Gris Bordeaux, président de l’Association des lutteurs du Sénégal, a déclaré n’avoir reçu que 10 millions de FCFA, contre décharge, et non 15 millions de FCFA comme le prétend Ngom Niang. Il affirme également que la décharge produite pour justifier le paiement de 15 millions comporte une signature imitée et un numéro d’identification qui ne sont pas les siens. Il a d’ailleurs remis aux enquêteurs la véritable décharge relative au montant qu’il reconnaît avoir perçu.
Ces contradictions entre les versions des différents protagonistes pourraient relancer l’enquête et ouvrir la voie à de nouvelles inculpations. La gestion des fonds Covid-19 au sein du ministère des Sports révèle des pratiques troubles, où instructions orales, absence de traçabilité, et signatures contestées brouillent la frontière entre légalité et mauvaise gestion.
Raune




