Le Grand Magal de Touba ne se limite plus à sa dimension religieuse. Il s’impose désormais comme l’un des plus puissants moteurs de l’économie sénégalaise. Selon une étude conjointe réalisée par l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba et l’Université Alioune Diop de Bambey, les retombées économiques globales de cet événement sont aujourd’hui estimées à 630 milliards de francs CFA, un niveau inédit qui confirme son poids stratégique dans l’activité nationale.
Les résultats de cette recherche, présentés mardi, traduisent une progression spectaculaire par rapport à la précédente évaluation réalisée en 2017. À l’époque, l’impact économique du Grand Magal était estimé à 250 milliards de francs CFA. En moins d’une décennie, cette contribution a donc été multipliée par 2,5, illustrant la montée en puissance de l’événement tant sur le plan économique que commercial.
Menée depuis juin 2025, l’étude met en évidence les principaux secteurs qui alimentent cette dynamique. Les dépenses liées à l’alimentation représentent une part importante des flux financiers générés par le pèlerinage. À cela s’ajoutent les transports, fortement sollicités pour l’acheminement de millions de fidèles, ainsi que les services financiers, dont l’activité s’intensifie à l’approche et pendant le Magal.
Pour les chercheurs, ces performances démontrent que le Grand Magal constitue désormais un véritable levier de croissance pour l’économie sénégalaise. Chaque édition stimule la consommation, favorise les échanges commerciaux et crée des opportunités de revenus pour des milliers d’acteurs économiques, des commerçants aux transporteurs, en passant par les prestataires de services.
Au-delà de ce constat, l’étude ouvre une perspective plus ambitieuse. Les universitaires estiment que cette demande exceptionnelle pourrait devenir un catalyseur de l’industrialisation de Touba. Ils préconisent le développement d’un tissu de production locale capable de satisfaire les besoins considérables générés par le pèlerinage, notamment dans les secteurs agroalimentaire, manufacturier et des services.
Une telle stratégie permettrait non seulement de réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs, mais aussi de renforcer la création de valeur sur le territoire. Les chercheurs avancent qu’un tel programme pourrait déboucher sur la création d’au moins 100 000 emplois au cours des trois prochaines années, faisant du Grand Magal un véritable levier de développement économique durable.
Ces conclusions renforcent l’idée que le Grand Magal est aujourd’hui bien plus qu’un rassemblement religieux : il constitue un actif économique majeur dont le potentiel reste encore largement sous-exploité. Pour les décideurs publics comme pour les investisseurs, le défi consiste désormais à transformer cette richesse conjoncturelle en un moteur permanent de croissance, d’industrialisation et d’emploi au bénéfice de toute l’économie sénégalaise.



