Grande Nuit du Conte : Quand les contes réveillent la mémoire des peuples

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Le Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar a accueilli la troisième édition de la Grande Nuit du Conte, un rendez-vous désormais incontournable pour les amoureux de l’oralité et du patrimoine africain. Le temps d’une soirée, conteurs, artistes, chercheurs et passionnés de culture ont célébré la richesse des traditions orales à travers des récits, des chants, des musiques et des performances artistiques, rappelant le rôle essentiel du conte dans la transmission des savoirs, des valeurs et de la mémoire collective.

Organisée par Kër Leyti – Maison de l’Oralité et du Patrimoine, cette troisième édition s’est déroulée sur l’esplanade du Musée des Civilisations Noires dans une ambiance conviviale, festive et empreinte de richesse culturelle. Placée sous le thème « Le patrimoine, une école vivante pour le civisme et le développement durable », la manifestation a réuni conteurs, artistes, universitaires, chercheurs et un public venu nombreux célébrer la vitalité de la tradition orale africaine.

Le choix du Musée des Civilisations Noires comme cadre de cette rencontre revêt une forte portée symbolique. Il traduit la volonté de faire dialoguer le patrimoine matériel et le patrimoine culturel immatériel, tout en mettant en lumière la place du conte comme vecteur de transmission des connaissances, des valeurs, de l’identité culturelle et de la mémoire des peuples.

Tout au long de la soirée, le public a été transporté par des récits captivants, des prestations artistiques, des chants, des musiques traditionnelles et des moments de partage intergénérationnels. Les conteurs ont puisé dans les traditions africaines pour transmettre des messages de paix, de solidarité, de respect de la nature et de préservation du patrimoine. Au-delà de sa dimension spectaculaire, cette troisième édition s’est imposée comme un véritable espace de dialogue entre les générations et les cultures, réaffirmant le conte comme un puissant outil d’éducation, de cohésion sociale et de dialogue interculturel.

Le récit non verbal, grande innovation de cette édition

La principale innovation de cette troisième édition réside dans l’introduction du récit non verbal. Le promoteur de l’événement, le Dr Massamba Guèye, a enrichi la programmation en intégrant le mime et les marionnettes comme nouveaux modes d’expression du récit.

Le fondateur de Kër Leyti explique que cette orientation répond à une volonté de revisiter les enseignements ancestraux sur la protection de l’environnement. « Les notions de développement durable existent depuis toujours dans nos traditions. Nos conteurs enseignaient déjà aux enfants le respect de la nature ainsi que la connaissance des animaux et des plantes. Nous avons voulu remettre ces enseignements au goût du jour », a-t-il déclaré.

Un festival fragilisé par le manque de financement

Malgré son succès populaire et son rayonnement qui dépasse désormais les frontières africaines, la Grande Nuit du Conte reste confrontée à d’importantes difficultés financières.

Le Dr Massamba Guèye n’a pas caché ses inquiétudes quant à l’avenir de la manifestation. « Je ne suis pas sûr que la quatrième édition aura lieu. Organiser un événement de cette ampleur repose essentiellement sur des dépenses personnelles. Nous avons décidé de ne plus solliciter les autorités ou les entreprises, car elles ne répondent pas à nos demandes. Notre sponsor officiel, c’est Dieu. Notre supporter officiel, c’est le public », a-t-il confié avec amertume.

Le roi du Sine invite la jeunesse à concilier ouverture et enracinement culturel

Invité d’honneur de cette troisième édition, le roi du Sine, Maad a Sinig Niokhobaye Diouf, a lancé un vibrant appel à la jeunesse sénégalaise. Tout en l’encourageant à s’ouvrir au monde, il l’a exhortée à rester profondément attachée à son histoire et à son patrimoine culturel.

« Je lance un appel à cette jeunesse : soyez ouverts au monde, mais restez profondément enracinés dans notre histoire. Un arbre dont les racines sont profondes ne craint pas les vents », a-t-il déclaré devant les participants, entouré de sa cour royale.

Selon lui, « connaître son passé ne signifie pas vivre dans la nostalgie, mais disposer d’une boussole pour poursuivre son chemin ». Le souverain a également rappelé que le conte constitue bien plus qu’un simple divertissement. « Le conte est une véritable école de la vie. Il enseigne sans éprouver, corrige sans humilier, éclaire sans condamner. Il forme les consciences, transmet la sagesse et inculque le respect des aînés, l’amour de la vérité, le courage, la solidarité, le sens de l’honneur et la responsabilité envers la communauté », a-t-il souligné.

Une initiative saluée par la ministre de la Culture

Présidant la cérémonie, la ministre de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique, Mame Coumba Diop, a salué une initiative qui participe activement à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine culturel immatériel sénégalais.

Selon elle, cette édition, placée sous le thème « Le patrimoine, une école vivante pour le civisme et le développement durable », illustre parfaitement la richesse des traditions orales du Sénégal et leur contribution à la construction d’une citoyenneté responsable.

Le point d’orgue de cette soirée culturelle a été la mise à l’honneur de la gastronomie locale. Les visiteurs ont ainsi pu découvrir ou redécouvrir la diversité et la richesse du patrimoine culinaire sénégalais, venant clôturer une nuit placée sous le signe de la transmission, du partage et de la célébration des cultures africaines.

Chérifa

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