Le mouvement citoyen « Y’en a marre » est monté au créneau ce mardi pour exiger l’abrogation totale de la loi d’amnistie. Lors d’une conférence de presse tenue à son siège, « Y’en a marre » dénoncé une loi jugée « injuste et sélective », qui, selon lui, « profite à certains acteurs politiques tout en occultant les victimes des violences politiques ».
Pour « Y’en a marre », cette loi constitue un « recul démocratique » et ne doit pas être un « prétexte pour effacer des crimes politiques sans garantir justice aux victimes ». « On ne peut pas tourner la page sans l’avoir lue », a martelé Thiat, figure emblématique du mouvement. Il a appelé à une « mobilisation citoyenne massive », afin de faire pression sur les autorités pour « l’abrogation pure et simple de cette loi ».
Dans un contexte politique marqué par des tensions croissantes, cette prise de position du mouvement s’inscrit dans une contestation plus large de la gouvernance actuelle du pays par le pouvoir Pastéfiens. Plusieurs voix s’élèvent déjà contre une classe dirigeante accusée de privilégier ses intérêts au détriment de l’intérêt général.
L’un des points les plus polémiques de cette conférence de presse a été la dénonciation de l’interprétation proposée par le député Amadou Ba, membre de Pastef. Ce dernier est l’auteur de cette proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie votée par la 14e législature en mars 2024 qui suscite de vives critiques de tout bords. Son initiative a suscité une vive indignation au sein de « Y’en a marre » qui estime, se faisant, qu’il a raté le train de l’histoire.
« Ce n’est ni du Jub, ni du Jubeul, encore moins du Jubënti »
Thiat n’a pas hésité à comparer cette proposition à l’un des projets les plus controversés de l’ex-président Abdoulaye Wade. « Cette loi est plus dangereuse que le ‘quart bloquant’ de Wade », a-t-il déclaré. Pour rappel, cette réforme constitutionnelle, qui visait à instaurer un seuil de 25 % des voix pour élire un président dès le premier tour, avait été perçue comme une tentative de verrouillage du pouvoir et avait provoqué une forte mobilisation populaire en 2011. Il s’en était suivi les violents événements du 23 juin.
Le mouvement citoyen estime, du reste, que l’initiative d’Amadou Ba va à l’encontre des engagements du nouveau régime, qui s’était positionné en faveur d’un État de droit et de la justice. Surtout, cette proposition de loi interprétative est qualifiée de « reniement sans précédente ». Ce qui fait dire à Thiat, que « les Sénégalais refusent de cautionner un ‘wax waxet’ ».
Face à cette situation, « Y’en a marre » invite l’ensemble des organisations de la société civile, les syndicats et les citoyens à se mobiliser pour obtenir l’abrogation pure et simple de cette loi. Selon les leaders du mouvement, une série d’actions citoyennes est en cours de préparation pour exiger cette abrogation définitive.
« Ce n’est ni du Jub, ni du Jubeul, encore moins du Jubënti, a ironisé Thiat, reprenant des expressions en wolof qui signifient respectivement « droit », « honnête » et « juste ». « Nous nous lèverons contre cette loi et appelons les forces vives à en faire de même. Nous mettons les députés, pouvoir comme opposition, face à leurs responsabilités », a-t-il assène. Pour « Y’en a marre », cette loi ne doit pas être un prétexte pour « absoudre des responsables politiques sans que la justice ne soit rendue aux victimes ».
« L’actuel Premier ministre Ousmane Sonko, à sa sortie de prison, avait déclaré, lors d’une conférence de presse, qu’il n’était pas demandeur de cette loi d’amnistie. Les députés de Pastef avaient voté contre cette loi parce que celle-ci, telle qu’elle a été libellée, prenait en compte des crimes de sang. Lors de la campagne pour les élections législatives, le Pastef avait promis d’abroger purement et simplement la loi d’amnistie une fois la majorité acquise. Mieux encore, souligne le porte-parole du jour du mouvement, lors de sa Déclaration de politique générale, le Premier ministre Ousmane Sonko avait déclaré que son gouvernement allait saisir l’Assemblée nationale par un projet de loi pour abroger la loi d’amnistie ».
La bataille s’annonce donc rude entre les partisans de la loi d’amnistie et ses détracteurs. Mais une chose est sûre : pour « Y’en a marre », « la lutte continue ».
Raune




