À quelques heures du meeting du président Bassirou Diomaye Faye au stade Stade Caroline Faye, le département de Mbour vit au rythme d’une mobilisation politique exceptionnelle. Caravanes, estrades, pylônes, réunions stratégiques, démonstrations de force… tout semble avoir été mis en œuvre pour offrir une image de puissance et d’organisation autour du chef de l’État.
Mais derrière cette effervescence soigneusement orchestrée, une question brûle les lèvres de nombreux Sénégalais : à quoi sert toute cette démonstration politique pendant que les populations peinent à survivre ?
Le contraste est saisissant. D’un côté, des moyens humains et logistiques déployés à grande échelle pour un meeting politique ; de l’autre, des familles qui se battent quotidiennement pour trouver de quoi manger, payer le loyer ou assurer la dépense quotidienne. Dans plusieurs localités du pays, le coût de la vie continue d’étrangler les ménages. Le chômage des jeunes reste alarmant, les promesses sociales tardent à produire des effets visibles, et l’espoir né de l’alternance commence à s’effriter chez certains.
Ce meeting intervient surtout dans un contexte politique particulier. Beaucoup de Sénégalais avaient porté leur confiance sur le duo formé par Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, convaincus que leur projet incarnait une rupture totale avec les pratiques du passé. Pour une partie de l’opinion, Diomaye devait être le prolongement fidèle du combat politique et idéologique de Sonko, son mentor politique et principal artisan de son accession au pouvoir.
Mais aujourd’hui, des voix commencent à s’interroger. Certains militants et sympathisants craignent une prise de distance progressive entre le président et la ligne radicale de rupture promise durant les années d’opposition. D’autres dénoncent déjà une présidence qui privilégierait la communication politique et les démonstrations de popularité au détriment des urgences sociales.
À Mbour, cette mobilisation gigantesque ressemble donc à bien plus qu’un simple meeting. Elle apparaît comme un test politique majeur. Le pouvoir cherche visiblement à démontrer qu’il garde une forte capacité de mobilisation populaire, malgré les critiques et les impatiences qui montent dans le pays.
Le ministre Serigne Guèye Diop, coordonnateur de la coalition « Diomaye Président », supervise personnellement l’organisation. Tout est pensé pour donner une image de maîtrise et de puissance. Mais dans les quartiers populaires, beaucoup regardent cette agitation avec distance, voire avec colère.
Car pour une frange grandissante de la population, l’heure n’est plus aux meetings grandioses ni aux démonstrations de muscles politiques. L’heure est aux solutions concrètes : baisse des prix, emploi, justice sociale, amélioration du pouvoir d’achat.
Le risque pour le pouvoir est réel. À force de multiplier les mobilisations politiques alors que les difficultés sociales persistent, l’écart peut rapidement se creuser entre les attentes populaires et l’action gouvernementale. Or, l’histoire politique sénégalaise a souvent montré qu’aucune ferveur militante ne résiste durablement à la souffrance sociale.




