Un an après l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence du Sénégal, Reporters sans frontières (RSF) tire la sonnette d’alarme : malgré des réformes amorcées, le secteur médiatique reste économiquement vulnérable, et des inquiétudes persistent quant à la liberté de la presse.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Faye a initié certaines mesures saluées par RSF, notamment l’enregistrement des médias sur une plateforme dédiée pour favoriser la transparence, et l’actualisation de la loi sur la publicité. Toutefois, ces avancées restent insuffisantes face à la crise économique qui frappe le secteur. De nombreux médias font face à des difficultés croissantes : impayés, pertes de revenus publicitaires, suspensions de parution.
L’initiative gouvernementale de cartographier les médias, lancée en août 2024 pour garantir une meilleure attribution des aides publiques, a également eu des effets indésirables. Sur 639 médias enregistrés, seuls 258 ont été jugés conformes aux critères du Code de la presse. Cette régularisation a provoqué l’arrêt de plusieurs médias locaux, comme Kolda News, incapable de satisfaire aux exigences de professionnalisation imposées.
Fiscalité et publicité : les deux nerfs de la guerre
Les décisions fiscales prises en 2024 ont lourdement impacté les médias. L’annulation de l’effacement de la dette fiscale, annoncée sous Macky Sall, a été suivie de redressements et de gels de comptes bancaires. En parallèle, la suspension des contrats publicitaires étatiques, autrefois source de revenus cruciaux, a provoqué une baisse des salaires et des arrêts de publication, comme ceux des quotidiens sportifs Stades et Sunu Lamb.
RSF recommande une réforme complète de la fiscalité appliquée aux médias, ainsi qu’un nouveau Code de la publicité mieux adapté aux réalités du secteur.
Menaces persistantes sur la liberté de la presse
Malgré une accalmie relative sur le plan sécuritaire – 60 journalistes ayant été arrêtés ou agressés entre 2021 et 2024 sous l’ancienne mandature – les intimidations n’ont pas disparu. Des journalistes ont été convoqués par la police, parfois soupçonnés d’atteinte à la sûreté ou interrogés sur leurs sources. En mars 2025, une tentative d’attaque contre les locaux de TFM a été déjouée, tandis que des menaces inédites sous forme de cyberattaques ont visé plusieurs médias majeurs.
Pour répondre à cette situation, RSF appelle à une concertation entre les autorités et les acteurs des médias pour garantir leur viabilité économique ; un accompagnement renforcé vers la professionnalisation des entreprises de presse ; la création d’une nouvelle autorité de régulation inclusive ; des incitations fiscales pour encourager la certification JTI (Journalism Trust Initiative).
« Le défi primordial aujourd’hui est de garantir la survie économique des médias », rappelle Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. Dans un pays où la démocratie repose en partie sur une presse libre, indépendante et viable, l’urgence est claire : agir avant que le paysage médiatique sénégalais ne s’effondre.
Raune





