Cette séquence parlementaire autour de la modification de l’article 188 du règlement intérieur de Assemblée nationale du Sénégal révèle plusieurs enjeux politiques et institutionnels majeurs, bien au-delà d’une simple lutte contre l’absentéisme des députés.

D’abord, le vote montre une très forte domination de la majorité parlementaire. Avec 132 voix favorables contre seulement 3 oppositions et 2 abstentions, le texte bénéficie d’un soutien massif. Cela traduit la volonté du pouvoir de renforcer la discipline parlementaire et d’imposer davantage de rigueur dans le fonctionnement de l’Assemblée.

Mais l’élément politiquement le plus intéressant réside dans les abstentions de Cheikh Bara Ndiaye et Maïmouna Boussou. Leur position crée une nuance importante au sein même du groupe majoritaire lié à Pastef. Ils ne rejettent pas l’objectif de lutte contre l’absentéisme, mais contestent la sanction ultime : considérer un député comme démissionnaire après dix absences consécutives sans justification.

Leur argument repose sur un principe démocratique fondamental : le mandat parlementaire appartient au peuple souverain et non à l’institution parlementaire elle-même. Autrement dit, selon cette lecture, seul le peuple peut véritablement sanctionner un député, notamment lors des élections, et non une procédure administrative interne.

Cette position soulève un débat juridique et philosophique important :

  • Le mandat parlementaire est-il un mandat libre et protégé ?
  • Ou bien peut-il être encadré strictement par des règles de discipline institutionnelle ?

En arrière-plan, cette réforme vise aussi à répondre à une critique récurrente de l’opinion publique sénégalaise : l’absentéisme chronique de certains députés, souvent accusés de percevoir des avantages sans réelle participation aux travaux parlementaires. La majorité semble vouloir envoyer un signal de moralisation et d’efficacité.

Cependant, les opposants et abstentionnistes mettent en garde contre un possible précédent dangereux. Une telle disposition pourrait, selon eux, ouvrir la voie à des exclusions politiques déguisées si les règles d’absence étaient interprétées de manière arbitraire.

Le texte met également en lumière trois dynamiques politiques :

  • la solidité numérique de la majorité ;
  • l’existence de sensibilités divergentes même au sein du camp présidentiel ;
  • et la volonté de certains députés de défendre une conception plus “sacrée” du mandat populaire.

Enfin, sur le plan symbolique, les trois votes contre Thierno Alassane Sall, Tafsir Thioye et Maguette Sène confirment leur posture constante d’opposition à la majorité parlementaire, tandis que les abstentions ont davantage retenu l’attention parce qu’elles traduisent une dissidence de principe à l’intérieur même du bloc dominant.

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