Niger : Le haoussa devient la langue nationale, le français retrogradé au rang de langue de travail

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Le Niger opère un tournant linguistique et symbolique majeur. Le régime militaire, en place depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, a officiellement décrété le haoussa comme langue nationale, reléguant le français – jusque-là langue officielle – au rang de simple « langue de travail ». Cette décision, qui marque une rupture forte avec l’héritage colonial, a été révélée par une publication du Journal officiel datée du 31 mars 2025.

Ce changement est inscrit dans la nouvelle « Charte de la refondation », promulguée le 26 mars par le général Abdourahamane Tiani, président de la transition militaire. Cette charte, adoptée à la suite des assises nationales de février, fait office de nouvelle Constitution et redéfinit le paysage linguistique du pays.

Selon l’article 12 de cette charte, « la langue nationale est le haoussa », tandis que « les langues de travail sont l’anglais et le français ». Neuf autres langues, parmi lesquelles le zarma-songhay, le fulfuldé (peul), le kanouri, le gourmantché et l’arabe, sont désormais désignées comme « les langues parlées du Niger ».

Cette réforme consacre le haoussa, déjà langue la plus parlée au Niger, comme socle linguistique national. Avec plus de 13 millions de locuteurs dans un pays de 26 millions d’habitants, le haoussa domine particulièrement dans les régions de Zinder, Maradi et Tahoua, toutes frontalières du Nigeria, où vivent également des dizaines de millions de haoussaphones. À l’inverse, seuls 13% des Nigériens (environ 3 millions de personnes) sont francophones, principalement dans les élites urbaines et administratives.

Une rupture assumée avec la France

Cette décision linguistique s’inscrit dans une politique souverainiste plus large, défendue par les militaires au pouvoir. En mars 2025, le Niger s’est retiré de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), emboîtant le pas au Mali et au Burkina Faso, également dirigés par des juntes militaires. Ces trois pays forment désormais la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), rompant progressivement leurs liens diplomatiques, militaires et culturels avec la France.

Le français, autrefois langue de l’administration, de l’enseignement et des médias publics, perd ainsi son statut privilégié, à l’image des rues et monuments débaptisés dans les capitales des pays de l’AES pour effacer les traces de la colonisation.

La Charte de la refondation fixe la durée du régime militaire à un minimum de cinq ans, une période « modulable » selon les circonstances, notamment la situation sécuritaire du pays, toujours confronté à des attaques jihadistes dans plusieurs régions. En prenant appui sur les langues locales, les autorités militaires semblent vouloir renforcer le sentiment national et asseoir leur légitimité auprès de la population.

Cette réforme linguistique du Niger, dans le sillage des dynamiques similaires au Mali et au Burkina Faso, confirme l’émergence d’un nouvel axe sahélien résolument tourné vers une affirmation identitaire et une autonomie stratégique face aux anciennes puissances coloniales. Elle marque aussi un défi de taille pour l’avenir de l’éducation, de la gouvernance et de la cohésion nationale dans des sociétés multilingues.

Raune

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