Ousmane Sonko à Ouaga : « Il faut que notre jeunesse comprenne qu’elle doit être le fer de lance de cette unité »

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En visite officielle au Burkina Faso, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a lancé un appel fort en faveur de l’unité africaine, à travers un message centré sur la jeunesse, la souveraineté et la solidarité interafricaine.

À l’occasion de l’inauguration du Mémorial dédié à Thomas Sankara et ses 12 compagnons assassinés en 1987, Ousmane Sonko a accordé sa première interview à une télévision étrangère depuis trois ans. Sur le plateau de la télévision nationale burkinabè, le chef du gouvernement sénégalais a livré un discours empreint de panafricanisme et de lucidité politique.

« J’ai l’impression que l’Afrique est plus divisée que jamais, notamment au niveau de son segment le plus essentiel : sa jeunesse. La jeunesse de l’Afrique, c’est sa force. Il faut qu’on transforme cette jeunesse, non pas en charge, mais en dividende démographique », a-t-il soutenu.

L’unité africaine, un impératif générationnel

Pour Ousmane Sonko, les jeunes Africains doivent se mobiliser pour faire avancer l’idéal panafricain. « Cette jeunesse doit être à la pointe du combat panafricain, du combat de l’unité. Mais cela ne veut pas dire qu’un jour ou l’autre, on sera dans un seul pays. Non ! Mais il s’agit de créer un espace libre, cohérent pour tout Africain », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a réaffirmé son ambition de voir l’Afrique prendre le relais sur la scène mondiale. « Le XXIe siècle doit être africain. C’est notre siècle. La Chine a été le moteur de la croissance mondiale durant les 30 dernières années, elle s’essouffle. C’est maintenant le tour de l’Afrique », a estimé Sonko.

Mais pour y parvenir, souligne-t-il, « il nous faut régler la question de la sécurité, parler à notre jeunesse et ne pas nous tromper d’ennemi ».

« Il peut y avoir des problèmes politiques entre les dirigeants, mais ce n’est pas entre les peuples. Aucun peuple africain ne hait un autre peuple africain », a assuré le Premier ministre.

La souveraineté, moteur du développement

Sonko a rappelé que l’Afrique ne pourra devenir une puissance sans intégration régionale. « Un pays peut se développer s’il est bien géré, stable et efficace, mais il ne sera jamais une puissance sans territoire ni population suffisante », a déclaré Ousmane Sonko.

Il a aussi évoqué la zone CEDEAO. « La zone Afrique de l’Ouest fait environ 6,5 millions de km², soit moins que la Chine ou les États-Unis. Nous avons un destin commun. Il faut qu’on le comprenne et ne pas jeter de l’huile sur le feu », a-t-il martelé.

Il a aussi insisté sur le rôle stratégique de la monnaie. « La monnaie est un instrument extrêmement important. À côté de la politique budgétaire, la politique monétaire est cruciale », selon lui.

Concernant la BCEAO et l’évolution vers une monnaie africaine, il a précisé que « les travaux techniques sont faits, il appartient désormais aux chefs d’État de valider certaines options. Nous voulons avancer vers l’appropriation totale de notre monnaie ».

Retrait des bases françaises et sécurité collective

Sur le plan sécuritaire, Sonko a confirmé le retrait prochain des troupes françaises. « Le processus de retrait des bases militaires françaises du Sénégal prendra fin d’ici juillet. Le Sénégal n’aura plus de base étrangère sur son sol. Nous avons une armée nationale capable de défendre notre territoire », a confié Sonko.

Il a également interpellé sur la provenance des armes utilisées par les groupes terroristes. « Un drone ou une kalachnikov coûte cher. Il y a des gens qui leur donnent ces armes. En le faisant, ils n’attaquent pas seulement le Burkina, mais toute l’Afrique. C’est une réponse commune qu’il nous faut », a dit le PM.

Retrait du Mali, du Niger et du Burkina de la CEDEAO

Par ailleurs, Sonko a exprimé ses regrets quant à la décision des trois pays ee l’AES (Mali, Niger et Burkina Faso) de quitter la CEDEAO. « On ne peut pas être panafricaniste et souhaiter que des pays qui étaient ensemble éclatent. Ce n’est pas parce que trois pays sortent qu’il n’y a plus de relations commerciales, économiques ou humaines », a-t-il indiqué.

Il a aussi condamné les sanctions imposées au Mali sous le régime précédent. « L’embargo contre le Mali est inacceptable. Si nous avions été au pouvoir, jamais nous ne l’aurions accepté », a-t-il assené.

Le Premier ministre insiste sur la nécessité de maintenir les liens. « Même si l’espace éclate, nous continuerons à travailler ensemble. Rien n’empêchera la coopération », a-t-il poursuivi.

Selon lui, la CEDEAO et l’AES doivent travailler ensemble sur les questions de sécurité. Il cite notamment le cas de la Casamance. « Pendant des décennies, nous avons vécu cette situation sans assistance. Je comprends ce que ces pays vivent aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Un message de dépassement et d’espoir

Enfin, Sonko a réitéré sa vision panafricaine en clarifiant sa position sur les relations internationales, notamment avec la France. « La France est un partenaire comme un autre. Nous n’avons rien contre elle. Nous posons des actes de souveraineté non pas par hostilité, mais parce que c’est ainsi qu’un pays doit fonctionner », a ajouté le Premier ministre Sénégalais.

Ousmane Sonko a appelé à un changement de paradigme. « Nous devons sortir d’une posture victimaire. Il faut rassembler tous les panafricanistes et souverainistes autour de la libération de l’Afrique, de la réappropriation de ses ressources, et de la conquête du développement », a-t-il prôné.

Et de conclure : « Personne n’est plus panafricain qu’un autre. Il faut faire preuve de dépassement et de tolérance mutuelle ».

Raune

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