Samedi dernier, dans la commune de Fass dans le département de Guinguinéo, Ousmane Sonko a orchestré une démonstration politique qui en dit long sur la stratégie de Pastef au pouvoir. Dans le cadre de sa tournée du département de Guinguinéo (6-8 février 2026), le Premier ministre a déroulé un discours aux accents démocratiques séduisants, mais dont la sincérité mérite interrogation.
L'”exception Pastef” : un récit bien huilé
“Pastef est le seul parti politique au sein duquel on se dit la vérité en face”, a martelé Sonko devant une foule de militants conquis. Cette affirmation, aussi catégorique qu’invérifiable, pose question. Comment un parti au pouvoir depuis moins de deux ans peut-il se proclamer unique dépositaire de la franchise politique au Sénégal ?
Cette auto-célébration n’est pas anodine. Elle vise à ériger Pastef en antithèse absolue des formations politiques traditionnelles, dans une logique de rupture permanente qui a fait le succès électoral du mouvement. Mais une fois aux commandes, cette posture peut-elle survivre aux réalités du pouvoir ?
L’humilité affichée comme bouclier préventif
Plus révélateur encore : “Le jour où les Sénégalais diront qu’ils ne sont pas satisfaits, nous leur remettrons ce pouvoir dans la paix et la concorde.” Cette promesse de restitution volontaire du pouvoir, prononcée alors que Pastef vient à peine de s’installer, sonne comme un vaccin contre les futures critiques. En affichant par anticipation son acceptation d’un éventuel échec, Sonko se protège habilement contre l’accusation d’arrogance.
Mais cette rhétorique de l’humilité cache-t-elle une crainte plus profonde ? Celle de décevoir une base militante aux attentes démesurées, nourrie pendant des années d’opposition par des promesses de transformation radicale ?
La proximité en tournée : gouverner ou campagne permanente ?
L’ambition affichée d’organiser ces journées dans les 46 départements du pays révèle une autre réalité : Pastef, même au pouvoir, reste en mode campagne. Sonko théorise cette approche en insistant sur les “liens directs” avec la population, sur le “courage” d’aller à la rencontre des citoyens.
Louable en apparence, cette démarche soulève néanmoins une question : à quel moment le temps de la gouvernance remplace-t-il celui de la mobilisation ? Un Premier ministre peut-il efficacement diriger l’action gouvernementale tout en sillonnant le pays en leader partisan ?
Le non-dit de Fass
Ce qui frappe dans ce discours, c’est aussi ce qu’il tait. Aucune annonce concrète, aucun bilan chiffré, aucune mesure spécifique. Les “doléances” des leaders locaux sont évoquées, mais leurs contenus restent flous. Les “difficultés” à connaître et les corrections à apporter demeurent dans le registre du général.
Cette communication circulaire , écouter pour dire qu’on écoute pourrait bien devenir la marque de fabrique d’un pouvoir qui, pour l’instant, semble davantage maîtriser l’art de parler que celui de transformer.




