Le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Amadou Ba, a plaidé pour la création d’une brigade de gendarmerie chargée de la surveillance du patrimoine culturel national, sur le modèle de la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol (DSCOS), qui intervient dans le domaine foncier.
« Nous allons solliciter – si le projet n’existe pas, et je pense qu’il existe – la création d’une brigade de gendarmerie pour surveiller le patrimoine culturel. C’est très important », a-t-il déclaré, dimanche, lors de l’émission En vérité sur la Radiotélévision sénégalaise (RTS).
Selon le ministre, cette future brigade aura pour mission de protéger les sites, monuments et œuvres culturels, à l’image de la DSCOS, dont les actions ont permis de mieux encadrer l’occupation du sol. Dans cette perspective, Amadou Ba dit avoir instruit les directions de son département à sillonner le pays afin d’identifier, de répertorier et de faire connaître l’ensemble des sites et biens culturels d’intérêt national, y compris ceux qui ne sont pas officiellement classés.
Il a illustré l’urgence de cette démarche en évoquant le cas de la maison natale de l’écrivain et cinéaste Sembène Ousmane, à Ziguinchor. « L’intention de l’État était de l’acheter, mais nous avons constaté qu’elle avait été détruite et rasée. Le terrain a été acquis par quelqu’un d’autre. Nous allons voir comment le racheter pour en faire un musée », a-t-il expliqué.
Le ministre a souligné l’existence d’un « problème général de conservation du patrimoine culturel » au Sénégal, citant notamment la situation de Saint-Louis. « C’est une ville-musée, mais la gouvernance et les bâtiments font face à de nombreuses difficultés », a-t-il regretté, estimant que, depuis Léopold Sédar Senghor, « la culture a été progressivement abandonnée ».
Amadou Ba a insisté sur le rôle stratégique de la culture dans le développement, prenant l’exemple de Dubaï, un pays pétrolier qui a fait de la culture « sa richesse du futur ».
Il est également revenu sur la dégradation de la fresque murale de l’artiste Pape Ibra Tall, érigée place de France à Thiès, dans le cadre de travaux de réhabilitation menés par les services municipaux. S’il a salué les initiatives culturelles de la mairie, le ministre a pointé des dysfonctionnements administratifs. « Lorsque les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (MSAD) de Thiès ont été saisies, une convention devait être signée et transmise au ministère afin d’impliquer le service régional de la culture pour la certification », a-t-il indiqué.
Selon lui, toute restauration ou réhabilitation d’une œuvre d’art doit se faire sous la supervision du ministère de la Culture, de la direction du patrimoine culturel et de l’État. Il a annoncé que ses services travaillent désormais avec la mairie de Thiès pour restaurer la fresque, un « processus complexe » qui prendra du temps.
« L’œuvre est aujourd’hui détruite, mais heureusement, les esquisses et les dessins existent. Cela permettra sa reconstitution, avec l’accompagnement du ministère, afin d’éviter une seconde mort de l’auteur », a-t-il précisé.
Tout en saluant l’engagement du maire de Thiès, qui a placé la culture « au cœur de son programme », Amadou Ba a appelé les autres édiles du pays à suivre cet exemple et à collaborer davantage avec son département, qu’il estime devoir rester sans « coloration politique ».
Le ministre a par ailleurs évoqué son projet de création d’une chaîne de télévision culturelle, annoncé lors de son passage à l’Assemblée nationale pour l’examen du budget 2026 de son ministère.
Concernant la rémunération pour copie privée, une redevance appliquée aux supports de stockage comme les disques durs, clés USB et cartes mémoire, il a salué « une avancée importante pour le financement de la culture ». Toutefois, il a expliqué que l’application du texte voté en novembre 2024 reste suspendue à la publication d’un décret, en raison de possibles chevauchements avec la redevance d’utilisation des télécommunications (RUTEL).
Enfin, Amadou Ba a annoncé une communication prochaine sur la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, afin de déterminer si l’édition 2026 se tiendra pendant les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), prévus du 30 octobre au 13 novembre 2026 au Sénégal, ou après cet événement. Initialement, la Biennale était programmée pour le mois de mai.
Source APS



