Le Pôle judiciaire financier (PJF) a livré, ce jeudi, un premier bilan d’envergure depuis sa mise en place, le 17 septembre 2024. Lors d’un point de presse conjointement animé par le Procureur général près la Cour d’appel de Dakar, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance hors classe de Dakar et le Procureur de la République financier, El Hadj Aliou Abdoulaye Sylla, les autorités judiciaires ont levé le voile sur l’ampleur des enquêtes en cours.
Selon le Procureur financier, 262 personnes ont été arrêtées dans le cadre de 292 dossiers ouverts par le Pôle judiciaire financier. Selon le magistrat, les sections de recherche de Dakar, Thiès et Saint-Louis ont été particulièrement mobilisées dans ce cadre.
Parmi les procédures engagées, 142 émanent des unités d’enquête, 14 ont été transmises par un juge d’instruction, tandis que 20 rapports proviennent de la CENTIF et 8 de l’OFNAC. Ce bilan marque une intensification de la lutte contre la délinquance économique et financière, sous l’impulsion du Pool judiciaire financier. Des chiffres illustrent la dynamique enclenchée par cette juridiction spécialisée dans la répression des crimes économiques.
« Le Pôle judiciaire financier, doté d’organes de poursuite, d’instruction et de jugement, a pour mission la poursuite, l’instruction et la répression des infractions à caractère économique et financier, telles que le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, la corruption et les infractions assimilées, sans oublier les trafics de documents », a rappelé le magistrat.
Enquêtes avancées et procédures en cours
Depuis son installation, le PJF a lancé plusieurs enquêtes, dont certaines ont été confiées à la Section de recherches de Dakar. La plupart d’entre elles, selon le magistrat, sont déjà finalisées et les procédures correspondantes ont été transmises au parquet.
« Je dois dire que la majorité de ces enquêtes sont bouclées. Les procédures ont été transmises au parquet et ont abouti à l’arrestation de 262 personnes impliquées dans 292 dossiers », a précisé El Hadj Aliou Abdoulaye Sylla.
Parmi les 292 procédures en cours, 142 émanent directement des unités d’enquête, illustrant la collaboration étroite entre les différentes entités de la chaîne judiciaire.
Saisies record de biens mobiliers et immobiliers
Les résultats de ces investigations ne se limitent pas aux arrestations. Le magistrat a également annoncé la saisie de nombreux biens, fruit de l’enrichissement illicite présumé des mis en cause : 92 véhicules de différentes marques saisis et placés sous la garde de l’entraide judiciaire ; 11 titres fonciers saisis dans les régions de Thiès et Mbour ; 2 titres fonciers supplémentaires inscrits provisoirement au nom de l’État du Sénégal ; Plusieurs pirogues et moteurs saisis dans le cadre de dossiers liés à la fraude maritime.
Un enjeu financier de taille : 135 milliards en jeu
Sur le plan financier, les montants impliqués sont considérables. D’après le procureur, les saisies ont connu une progression fulgurante au fil des mois. « Il y a deux ou trois mois, les sommes saisies ou poursuivies étaient évaluées à 2,5 milliards de francs CFA. Aujourd’hui, nous avons atteint un total de 15 milliards FCFA en montants saisis, cautionné ou en cours de procédure », a-t-il souligné, précisant que l’ensemble des affaires en cours portent sur un montant global de près de 135 milliards de francs CFA.
Conscient de la complexité des affaires économiques, souvent transfrontalières et impliquant des techniques sophistiquées de dissimulation d’actifs, le procureur a tenu à rappeler que la bataille est loin d’être simple. « La lutte contre la délinquance économique et financière exige du temps et de la détermination, car elle implique souvent plusieurs acteurs répartis dans différentes zones géographiques, et faisant parfois appel à des experts dans l’art de dissimuler les avoirs criminels. Et parfois, ces biens sont placés à l’étranger. On est donc obligé de faire des commissions rogatoires et cela prend du temps, parce que nous n’avons aucune autorité sur ces magistrats à qui nous demandons l’entraide judiciaire », a-t-il déclaré.
Et de conclure avec fermeté qu’« en dépit de toutes les difficultés, la lutte pour la sauvegarde des deniers publics sera menée avec rigueur, dans le respect de la présomption d’innocence, des droits de la défense et des prérogatives de chaque acteur judiciaire ».
Raune





