La pauvreté offensive constatée au cours de la dernière CAN U17 qui a vu le Sénégal n’inscrire qu’un petit but dans le jeu a servi de prétexte à l’interpellation faite au coach de la Linguère Amara Traoré. Cet ancien sélectionneur national et ancien meilleur buteur de la Ligue 2 française avec Gueugnon paraissait tout indiqué pour décortiquer cette faiblesse chez nos jeunes et moins jeune. Car la sélection U20 qualifiée en quart de finale ne fait mieux, avec trois réalisations en trois sorties. Deux des trois buts sont l’œuvre de penalties. Heureusement que nos jeunes Lions sont justes dans les balles arrêtées.
D’emblée, le technicien tient à préciser que l’animation offensive est bien différente de la finition. « Cela fait un moment que j’alerte sur ce manque, cette tare de notre football, mais il faut qu’on arrive à différencier l’animation offensive et la finition ; c’est deux thèmes différents. L’animation offensive c’est comment amener le ballon vers l’avant avec les différentes options que sont l’attaque placée, l’attaque rapide à travers les transitions rapides. Alors une fois que le ballon est dans la surface adverse, il faut qu’on analyse les statistiques ayant trait avec la finition ».
C’est à partir de ce moment que le travail spécifique doit être fait. « A savoir dans quelle zone de terrain on marque les buts et comment. Une fois que le diagnostic est fait, dans les parties concernées, on doit faire beaucoup de répétitions dans ces parties du terrain où sont inscrits les buts. Souvent ce n’est pas le cas, la plupart des clubs ne travaillent pas la finition spécifique qui est notre thème d’entraînement, alors qu’il faut insister surtout au niveau des jeunes », se désole-t-il.
« L’équipe nationale demeure émanation des clubs et les joueurs viennent de ces entités »
Avant de rappeler que « l’équipe nationale demeure émanation des clubs et les joueurs viennent de ces entités. Et ce n’est pas en sélection nationale qu’on va former les joueurs, mais optimiser le rendement et développer le joueur ; surtout faire gagner. Les joueurs font du quotidien en club et non en sélection ».
Pour l’ancien buteur de Gueugnon avec qui il a terminé meilleur buteur (17 réalisations) et remporté la Coupe de France en 2000 face au Paris Saint Germain, « on devient buteur par la force du travail ». Marquer un but est difficile, « alors que c’est comme respirer. On ne l’apprend à personne ». « Par contre, à force de répéter certains gestes dans les différentes parties du terrain, on peut acquérir cet instinct, le sens, qui fait le buteur », explique Amara Traoré.
A nos jeunes et aux entraîneurs et instructeurs, il délivre ce message : « répéter ces gammes dans les dix-huit mètres, les six mètres, à l’entrée de la surface de réparation, dos au but, bref dans la zone de vérité, peut faire un buteur. C’est quelque chose qu’il faut inculquer à nos attaquants très tôt afin qu’ils grandissent avec ces repères ».
L’ancien attaquant qui parle en connaissance de cause souligne néanmoins que « nos gamins doivent parvenir à mémoriser et à engranger ces gestes dans la finition. Ce n’est certes pas évident, mais à force de répéter les gammes, ils finiront par retrouver cet instinct de buteur ».
Souvent dans ces critiques, c’est l’attaquant qui est la cible principale des remontrances, mais, à l’en croire, la finition concerne tous ceux qui se trouvent dans cette zone du terrain ou qui s’y projettent.
« Souvent on voit des latéraux dans cette zone du terrain, à l’image d’Hakimi qui marque beaucoup de buts. Ensuite, comment comprendre qu’un défenseur soit souverain dans les duels défensifs et ne puisse prendre aucun ballon lors des corners, par exemple. Cela devient un problème mental, du coup », différencie l’ancien buteur.
« On doit travailler sur ce jeu de finition »
A l’en croire, pour gommer cet impair dans l’Adn du football sénégalais, il faudrait des mesures fortes et concertées. « Avec la Direction technique nationale, on doit travailler sur ce jeu de finition et partager le fruit de cette réflexion pratique avec toutes les équipes, les entraîneurs, et l’imposer dans les centres de formations, dans les académies. Afin de participer à ce recyclage dont le football sénégalais a besoin en termes d’efficience offensive. C’est le chemin du salut, on ne peut pas passer d’autres voies », exhorte-t-il.
Avant de se désoler que « les sélections paient le prix fort de ce manque de travail spécifique au niveau des clubs. Mais il ne faut pas être fataliste, car c’est toujours possible de retrouver la confiance et la sérénité dans ce geste qui assure la bonne finition », rassure le technicien.
Il faut juste rappeler que les meilleurs buteurs des trois derniers exercices n’ont pas atteint la barre symbolique des 20 buts. Jean-Louis Diouf (12 buts en 2021), Bouly Sambou Junior (17 buts en 2022), Aboulie Kassama (12 buts en 2023), alors que Souleymane Cissé restait scotché à 10 réalisations lors de la saison écoulée. L’actuel meilleur buteur de l’exercice en cours est loin du compte.
Assane DIALLO





