Dans cet entretien exclusif, le Pr Hameth Dieng, président de la Fédération Sénégalaise du Sport Universitaire (F2SU), revient sur la genèse de la fédération, les tensions qui ont marqué sa mise en place et les tentatives de déstabilisation venues, selon lui, d’acteurs censés accompagner le processus. Il détaille les obstacles rencontrés, salue la posture républicaine du ministère en charge des Sports et dévoile la feuille de route 2025-2026 visant à structurer durablement le sport universitaire au Sénégal.Comment est né le processus de relance du sport universitaire et de création de la F2SU ?
La relance du sport universitaire est un processus daté et encadré par le Ministère des Sports, avec comme partenaire le MESRI. Elle a débuté par un séminaire conjoint tenu à Saly les 16, 17 et 18 août 2013. Prenant part à cette rencontre, le Professeur Mary Teuw Niane, alors Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, déclarait : « La politique sportive est définie par son Excellence, le Président de la République, et conduite par le Ministre chargé des Sports mais l’espace d’intervention du sport est devenu complexe du fait de la diversité et de la multiplicité des acteurs et des partenaires ». Il ajoutait : « Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est un partenaire privilégié du Ministère des Sports pour concourir à un développement durable des Activités Physiques et Sportives en milieu universitaire… L’organisation du présent séminaire répond à cette impérieuse nécessité de relancer le sport universitaire qui est une préoccupation majeure pour nos deux départements. Il traduit la volonté de nos deux départements d’anticiper sur l’avenir en valorisant le potentiel de changement dont le sport est porteur ».
Qu’a apporté concrètement ce seminaire dans le processus ce séminaire conjoint tenu à Saly ?
Ce séminaire a servi de catalyseur en instant sur la nécessité d’avoir un outil (fédération) pour la promotion, l’organisation et la gestion du sports en milieu universitaire. Ainsi, pendant près d’une décennie, les acteurs du sport universitaire se sont mobilisés et ont travaillé de manière inclusive et consensuelle, sous la supervision des ministères en charge du Sport et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Ce travail a abouti à la création, par décret N° 2021-1594 du 02 décembre 2021, de la Fédération Sénégalaise du Sport Universitaire (F2SU), dont les statuts sont fixés par l’arrêté du Ministre chargé des Sports Nº 23351 du 11 août 2022.
Un arrêté ministériel Nº 011448 du 2 juillet 2024 a ensuite institué un Comité National ad hoc chargé de la mise en place de la F2SU, composé de membres proposés par les établissements d’enseignement supérieur publics et privés. Le Comité a travaillé sous la supervision du ministère des Sports, avec l’ensemble des établissements publics et privés et les partenaires (MESRI et MFP), pour la mise en place de la F2SU. L’Assemblée générale élective du 10 août 2024 a ainsi abouti à l’élection du Bureau et du Comité Exécutif. Toutes les institutions d’enseignement supérieur, ainsi que les représentants des départements de l’enseignement supérieur, des sports et de la formation professionnelle, y ont pris part.
N’y a-t-il pas eu des incompréhensions et tentatives de déstabilisation dans le processus avant et après l’installation de la Fédération ?
Les incompréhensions et difficultés sont apparues très tôt, avant même l’installation officielle de la fédération. Elles ont été déclenchées par des propos tenus par l’ancien Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, lors d’un panel organisé par l’association Basket Plus sur le thème « Sport et inclusion », à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis le 06 décembre 2024. Dans son allocution, il a annoncé son intention de « confier le volet basketball à Basket Plus, association à l’origine de la Compétition Universitaire Basket Études (CUBE) et qui peut se prévaloir d’une expérience dans ce domaine ».
Tenus dans un établissement universitaire, lors d’un événement organisé par une association, puis relayés dans l’espace médiatique, ces propos ont semblé inappropriés, partisans et dangereux. Ils remettaient en cause les principes fondateurs de la politique sportive nationale : délégation de pouvoirs aux fédérations et décentralisation vers les communes et départements.
Après la mise en place de la F2SU, ces positions ont largement contribué à saper l’autorité et la cohésion d’une fédération issue d’un processus consensuel. Ainsi, la F2SU a été fragilisée par des ingérences qui ont semé la confusion.
Pourtant, il paraît que les représentants du MESRI avaient toujours participé de manière constructive aux travaux des comités…
Oui. Mais la posture de l’ancien ministre s’est ensuite transformée en tentative de remise en cause de la légitimité de la fédération et de ses dirigeants, posture exprimée notamment lors d’une audience sans ordre du jour accordée au Comité exécutif de la F2SU, le 24 janvier 2024. Le processus de mise en place des ligues régionales a été perturbé : une autorité du MESRI aurait appelé le personnel d’une université pour empêcher la tenue d’une Assemblée générale.
Certains chefs d’établissement ont encouragé des compétitions sans l’agrément de la F2SU. D’autres ont signé des conventions avec des associations leur conférant indûment des compétences qui relèvent légalement de la F2SU. La Fédération a organisé les 26 et 27 décembre 2024 un atelier d’élaboration de son plan annuel à l’Arène nationale, pour lequel elle a sollicité l’appui logistique du MESRI, sans succès. Et pourtant, la F2SU avait été installée le 17 janvier 2025 par le ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, accompagné de son homologue de l’Enseignement supérieur.
D’aucuns soutiennent que la F2SU n’a pas organisé de compétitions depuis son installation. Mais dans un contexte marqué par une hostilité ouverte du MESRI, rien ne pouvait favoriser une mise en œuvre sereine des activités sous l’égide de la Fédération. D’où lesquestions : qui a intérêt à organiser l’incompétence de la F2SU ? Qui en a intérêt
Comme la tutelle en charge des Sports a-t-elle réagi face à ces tensions ?
La posture républicaine de Madame la Ministre de la Jeunesse et des Sports mérite d’être saluée. Elle a parachevé le processus de mise en place de la fédération et lui a assigné des missions précises. Elle a également apporté, à chaque fois que nécessaire, un soutien clair et constant à la F2SU quant à sa légitimité et celle de ses dirigeants. Cette attitude repose sur un principe fondamental : la politique sportive est définie par le Président de la République et conduite par le Ministre chargé des Sports. Dans ce cadre, l’État délègue aux fédérations l’organisation, la promotion et le développement du sport. C’est pourquoi la ministre a systématiquement orienté les associations et établissements d’enseignement supérieur vers la F2SU, en leur demandant de respecter les dispositions réglementaires en vigueur.
Par ailleurs, madame la Ministre a complètement pris en charge la préparation et la participation du Sénégal à la 17ᵉ édition des Jeux Universitaires Mondiaux en Allemagne sous la bannière de la F2SU avec sept athlètes (5 garçons et deux filles), deux entraineurs et un chef de délégation. Même si aucune médaille n’a été obtenue la participation aux jeux universitaires a été formatrice et riche en expériences. Des contacts ont été établis en vue d’un partenariat avec notamment le directeur de l’Institut du sport et des sciences du sportde Dortmund et du Président de la Fédération Française du Sport Universitaire (FFSU).
Quels sont les objectifs et les priorités de la F2SU pour l’année 2025-2026 ?
Le premier objectif de la F2SU est de lever toute ambiguïté ou confusion dans un domaine qui relève de la politique publique de l’État, encadré par des textes législatifs, réglementaires et associatifs. La Fédération entend assainir et structurer ce secteur conformément aux règles en vigueur.
Pour l’année 2025-2026, la F2SU prévoit de finaliser la mise en place des organes déconcentrés, notamment les Ligues de Diourbel, Sine Saloum et Thiès. D’organiser les compétitions régionales, qui doivent débuter en février 2026. D’organiser les Championnats Nationaux du Sport Universitaire durant le mois de mai 2026. De tenir un atelier d’élaboration du plan stratégique, dont les termes de référence sont déjà adoptés, pendant les Championnats Nationaux.
La Fédération avait aussi envisagé d’organiser un colloque en novembre 2026 à l’occasion des Jeux Olympiques de la Jeunesse. Ce projet est désormais porté par l’INSEPS (UCAD) et l’UFR SEFS (UGB).La F2SU y participera en tant que partenaire pour en faire un modèle de réussite.
(Source : Record)




