Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) a présenté, hier à Dakar, son rapport annuel 2024 lors de sa 8ᵉ session d’information. L’organisation salue les progrès enregistrés par plusieurs États membres, notamment le renforcement des capacités des Cellules de Renseignements Financiers (CRF), la réalisation d’Évaluations Nationales des Risques (ENR) et une meilleure compréhension des menaces liées au blanchiment, au financement du terrorisme et à la prolifération des armes.
Le GIABA estime que ces avancées traduisent une volonté politique accrue de mettre en œuvre les normes internationales en matière de lutte contre les crimes financiers.
Des menaces toujours pressantes
Malgré ces progrès, le rapport alerte sur plusieurs vulnérabilités persistantes : la montée des flux financiers illicites, notamment dans le secteur extractif, la hausse des activités de financement du terrorisme, l’usage abusif des actifs virtuels échappant souvent à la régulation et la faible supervision du secteur des Entreprises et Professions Non Financières Désignées (EPNFD).
Le document souligne que les groupes terroristes exploitent les failles frontalières et les canaux financiers informels, particulièrement dans le Sahel et le bassin du lac Tchad.
Transferts mobiles et monnaies virtuelles : une faille croissante
Le rapport insiste sur les risques liés à l’essor des services de transfert d’argent par téléphone mobile et des monnaies virtuelles. Faute de cadres réglementaires solides, ces innovations constituent de nouveaux vecteurs pour le blanchiment, le financement du terrorisme et le commerce illicite de biens à double usage.
À cet égard, Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, président de la CENTIF, a salué l’initiative d’associer pour la première fois les journalistes à la présentation du rapport. Selon lui, le rôle des médias est crucial pour sensibiliser l’opinion publique et élargir le plaidoyer contre les crimes financiers.
Tolérance zéro face aux crimes financiers
Le Directeur général du GIABA, Edwin W. Harris Jr., a insisté sur la résilience des acteurs régionaux. « Nous n’avons pas laissé les obstacles nous définir. Au contraire, nous les avons transformés en opportunités pour progresser », a-t-il déclaré.
Il a réaffirmé la logique de tolérance zéro face aux crimes financiers, qui fragilisent les économies d’Afrique de l’Ouest et au-delà. Pour lui, le capital humain demeure le moteur de cette lutte : « Le personnel constitue la ressource la plus précieuse du Secrétariat du GIABA ».
L’un des faits marquants de l’année reste le retrait du Sénégal et du Ghana de la liste grise du GAFI. Pour le Sénégal, cette décision intervenue en octobre 2024 vient couronner la mise en œuvre réussie d’un plan d’action ambitieux et de réformes structurelles renforçant son dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
Ce rapport 2024 du GIABA met ainsi en exergue l’urgence de renforcer la coopération entre États membres, de consolider les cadres réglementaires et de sensibiliser davantage les populations.





