Le gouvernement sénégalais accélère la mise en œuvre de sa politique de souveraineté sur les ressources naturelles. Lors d’un point de presse tenu jeudi 12 mars 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé une série de mesures fortes issues des travaux de la Commission nationale de réévaluation et de renégociation des contrats pétroliers, gaziers et miniers. Parmi les décisions majeures : la reprise des actifs des Industries chimiques du Sénégal (ICS) et le retrait de 71 titres miniers jugés non conformes aux obligations légales.
Un manque à gagner de plus de 1 075 milliards F CFA dans le dossier ICS
Présentant les conclusions des travaux menés depuis août 2024, le Premier ministre a évoqué un « travail titanesque » ayant permis d’examiner plusieurs conventions liant l’État à des opérateurs dans les secteurs des mines, des hydrocarbures, de l’hydraulique ou encore des télécommunications.
Dans le secteur minier, l’examen de la convention entre l’État du Sénégal et les Industries chimiques du Sénégal (ICS), appuyé par une mission d’inspection de l’Inspection générale d’État (IGE), a révélé de nombreux manquements. Selon Ousmane Sonko, ces irrégularités ont causé un manque à gagner estimé à 1 075,9 milliards de francs CFA pour l’État sénégalais.
Parmi les anomalies relevées figurent notamment : des exonérations fiscales accordées sans base légale, le non-paiement de taxes et redevances, des opérations ayant réduit drastiquement la participation de l’État dans le capital de l’entreprise.
« L’État du Sénégal est passé d’actionnaire principal à être quasiment expulsé de l’actionnariat avant de revenir avec seulement 15% de participation », a expliqué le chef du gouvernement. Il a également dénoncé des abandons de créances injustifiés au profit de l’entreprise.
L’État décide de reprendre l’ensemble des actifs
Face à ces constats, le gouvernement a pris des mesures conservatoires immédiates. Les comptes de l’entreprise ont été bloqués et une notification lui a été adressée pour le paiement de plus de 200 milliards de francs CFA de redevances dues à l’État.
Le Premier ministre a surtout annoncé une décision majeure : « Nous avons décidé de ne pas renouveler les trois concessions minières ni la convention d’établissement pour l’industrie. L’État a décidé de reprendre l’ensemble des actifs et de définir lui-même l’avenir de ses phosphates ».
Selon lui, la stratégie du gouvernement vise à mettre les ressources nationales au service du développement du pays. Les phosphates sénégalais devraient ainsi être prioritairement orientés vers : la production d’engrais pour l’agriculture nationale, le développement d’engrais adaptés aux sols locaux, et, à terme, des projets industriels plus ambitieux, pouvant aller jusqu’à la production de batteries LFP (Lithium Fer Phosphate). L’ambition affichée est de positionner le Sénégal comme un acteur majeur du marché régional des fertilisants.
71 titres miniers retirés pour non-respect des obligations
Dans la même dynamique de réforme du secteur extractif, le Premier ministre a annoncé le retrait de 71 titres miniers et de carrières. Ces décisions sont motivées par le non-respect des obligations légales, notamment en matière environnementale.
Les titres concernés portent sur plusieurs ressources, dont : l’or, l’ilménite, le basalte, le sel, le grès, le magnésium, le manganèse, la colombo-tantalite, le platine et le sable. Selon le gouvernement, ces titres seront réattribués à des opérateurs jugés plus sérieux et respectueux de leurs engagements.
Le Premier ministre a également annoncé une réforme de la gestion des titres miniers. Désormais, dans les nouvelles orientations du Code minier, les titres seront immatriculés au nom de l’État, via la société nationale Sénégal des Mines, avant toute ouverture à un partenaire industriel.
Pour Ousmane Sonko, il s’agit d’une rupture avec les pratiques du passé, qui consistaient à concéder les ressources directement à des opérateurs privés. « Pendant vingt-cinq ans, ces pratiques ont laissé un bilan maigre pour l’État », a-t-il déploré.
Cette nouvelle approche vise à renforcer la souveraineté économique du Sénégal sur ses ressources naturelles et à maximiser les retombées pour l’économie nationale.
Raune





