La dernière note de conjoncture publiée par la Direction des prévisions et des études économiques (Dpee) met en lumière une évolution budgétaire majeure à fin novembre 2025 : les recettes progressent nettement tandis que les dépenses publiques reculent fortement. Derrière ces chiffres, se dessine une stratégie claire de consolidation budgétaire. Mais à quel prix ?

Les ressources globales de l’État atteignent 3 961 milliards FCFA, en hausse de 10,1 % sur un an. Les recettes fiscales, moteur principal de cette dynamique, progressent de 267,7 milliards FCFA (+8 %).

L’impôt sur les revenus, la TVA notamment à l’importation et l’impôt sur les sociétés affichent des hausses significatives. Deux lectures sont possibles :

  • Soit l’activité économique a effectivement gagné en vigueur ;

  • Soit l’administration fiscale a considérablement renforcé le recouvrement et la pression fiscale.

Dans les deux cas, l’État améliore sa capacité de mobilisation des ressources internes, un signal positif dans un contexte de recherche d’équilibre budgétaire.

Cependant, la contraction des droits de douane sur le pétrole et des recettes du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec) traduit un ralentissement ou une reconfiguration de certains flux commerciaux, ce qui nuance le tableau.

L’élément le plus marquant reste la baisse des dépenses publiques : -657,3 milliards FCFA (-11,2 %). Une contraction d’une telle ampleur n’est jamais neutre.

Le recul spectaculaire des dépenses d’investissement (-36,5 %) interroge. Les investissements publics constituent généralement un levier clé de croissance, de création d’emplois et d’amélioration des infrastructures. Leur réduction massive pourrait ralentir la dynamique économique à moyen terme.

Les transferts et subventions diminuent également, ce qui peut avoir des répercussions sociales, notamment dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure.

En revanche, les charges d’intérêt sur la dette bondissent de 18,9 %. Ce chiffre est révélateur : malgré les efforts de compression budgétaire, le poids du service de la dette continue de s’alourdir. Autrement dit, une part croissante des ressources de l’État sert à rembourser le passé plutôt qu’à financer l’avenir.

La masse monétaire progresse de 17,4 % sur un an pour atteindre 11 206,1 milliards FCFA. Cette expansion de la liquidité peut soutenir l’activité économique. Toutefois, si elle n’est pas accompagnée d’une production suffisante, elle peut aussi alimenter des tensions inflationnistes.

L’augmentation des dépôts bancaires et de la circulation fiduciaire montre que l’argent circule davantage dans l’économie. Reste à savoir si cette liquidité se transforme en investissement productif ou en simple consommation.

Les données de la Dpee traduisent une volonté manifeste de restaurer les équilibres budgétaires : plus de recettes, moins de dépenses. Cette orientation peut rassurer les partenaires financiers et renforcer la crédibilité macroéconomique du pays.

Mais la question centrale demeure : cette consolidation budgétaire est-elle soutenable socialement et économiquement ?

Réduire l’investissement public et les subventions tout en faisant face à une dette plus coûteuse pose un dilemme stratégique. Le Sénégal semble engagé dans une phase de rigueur budgétaire maîtrisée. Reste à déterminer si cette discipline ouvrira la voie à une croissance plus saine ou si elle freinera la dynamique économique à court terme.

L’année 2026 pourrait ainsi constituer un test décisif pour mesurer l’impact réel de ce tournant budgétaire.

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