Face aux députés, lors d’une séance de Questions d’actualité marquée par l’absence volontaire d’une partie de l’opposition, le Premier ministre Ousmane Sonko a répondu sans détour aux interrogations portant sur la gouvernance publique, sa collaboration avec le président Diomaye Faye et la réorganisation urgente de l’espace public en vue des JOJ Dakar 2026. Pendant près de quatre heures, il a livré un exposé dense, mêlant clarifications politiques, diagnostics budgétaires et annonces structurantes.
« Il n’y a aucun problème entre Diomaye et moi » : Sonko dissipe les rumeurs
Interpellé sur la nature de ses relations avec le chef de l’État, Ousmane Sonko a tenu à lever toute ambiguïté. « Si quelqu’un pense qu’il y a un problème insurmontable, ou que nous ne nous adressons plus la parole, il se trompe. Il n’y a que paix entre nous deux. On travaille plus dur ensemble, on est tout le temps ensemble, on passe la journée et on mange ensemble. Il n’y a aucun problème ».
Le Premier ministre évoque simplement un moment initial de « clarification nécessaire » pour définir le fonctionnement du tandem exécutif. Il assure que tout est désormais « parfaitement clair » et insiste sur la complémentarité du duo.
Sonko a toutefois rappelé une ligne de principe : « Je ne travaille pas pour le président Diomaye Faye. Je travaille pour les Sénégalais. Mais ce travail est sous la responsabilité de Diomaye Faye et sera comptabilisé dans son mandat ».
Malgré le boycott des députés non-inscrits et du groupe Takku-Wallu – à l’exception de Tafsir Thioye et Pape Djibril Fall – la séance s’est tenue conformément à l’article 104 du Règlement intérieur, consacrant le contrôle parlementaire.
Gouvernance publique : Sonko dénonce une gestion « dévoyée » et des surcoûts massifs
Ousmane Sonko a livré un diagnostic sévère de la gouvernance héritée de l’ancien régime. Selon lui, « près de 40 % du budget national était détourné de son objectif initial », notamment via une surfacturation devenue systémique dans la commande publique.
Dans les infrastructures, estime-t-il, « la surfacturation moyenne atteindrait 17 % ». Sur les montants de la commande publique – 1 859 milliards de FCFA en 2023 et 1 354 milliards en 2024 – le Premier ministre évalue les surcoûts cumulés à 546 milliards de FCFA. Ces dérives expliqueraient une large partie des tensions actuelles sur les finances publiques.
Depuis sa prise de fonctions, le chef du gouvernement dit avoir engagé une « rationalisation rigoureuse du train de vie de l’État », ce qui aurait permis : 280 milliards de FCFA d’économies anticipées pour le prochain exercice budgétaire, un renforcement de la crédibilité du Sénégal dans les discussions avec le FMI, une trajectoire de consolidation fondée sur la mobilisation des ressources internes et la réduction de la dépendance aux financements externes jugés « restrictifs ».
Marchands ambulants : deux nouveaux centres commerciaux pour réorganiser Dakar
Sur la question sensible de l’occupation de la voie publique, particulièrement à Dakar, Ousmane Sonko a dévoilé la stratégie gouvernementale alliant ordre urbain, activité économique et préparation des JOJ Dakar 2026.
Il a annoncé : la pose imminente de la première pierre d’un centre commercial moderne au CICES, destiné à accueillir une large part des commerçants informels ; un nouvel espace structuré au marché Kermel, réservé aux petits commerçants.
Le Premier ministre a tenu à désamorcer toute idée de répression : « L’objectif n’est pas de chasser les ambulants, mais de leur offrir des alternatives viables et encadrées ». Il a précisé que l’État accompagnera les acteurs dans l’organisation, la formation et l’accès à des espaces adaptés.
JOJ Dakar 2026 : une capitale lisible et sécurisée
Sonko a rappelé l’exigence d’une capitale pleinement opérationnelle à l’horizon 2026 : « Il faut libérer la voirie publique pour permettre aux invités de se mouvoir aisément ».
Les JOJ imposent, dit-il, « une capitale lisible, fluide et sécurisée, capable d’accueillir un événement international majeur ».
Entre clarification politique, réformes budgétaires et réorganisation de l’espace urbain, Ousmane Sonko a affiché une posture de fermeté et de cohérence. Une séance marquée par une défense appuyée de son action gouvernementale, mais aussi par un message constant : transparence, discipline publique et continuité du binôme exécutif.
Raune





