TABAX-Construire, Boubacar Camara et le choix d’une autonomie politique qui ne renonce ni au dialogue ni à la République
Il y a des moments où la politique ne se résume plus à choisir un camp.
Il y a des moments où la véritable question devient plutôt : comment rester fidèle à ses convictions tout en continuant à travailler avec ceux qui ne pensent pas exactement comme vous ?
C’est probablement l’une des questions que pose aujourd’hui le positionnement de TABAX-Construire.
Pourquoi le mouvement de Boubacar Camara ne choisit-il ni PASTEF ni KIIRAAY ? Pourquoi refuse-t-il de s’inscrire dans le duel qui semble désormais structurer une partie du débat politique sénégalais ?
Boubacar Camara a répondu à cette question de manière assez directe : TABAX-Construire a son propre parti, son propre programme et se situe dans la mouvance présidentielle. Pour lui, il n’est donc pas nécessaire de choisir entre les deux formations. Il affirme plutôt vouloir retrouver l’esprit du rassemblement qui avait permis la victoire de 2024.
Derrière cette réponse politique, il y a pourtant quelque chose de plus humain.
Il y a la conviction qu’on peut avoir travaillé ensemble, partagé un combat, porté un espoir commun et, malgré les désaccords qui peuvent surgir, continuer à croire qu’une relation n’est pas forcément condamnée à la rupture.
Parce qu’en politique aussi, les histoires comptent
On parle souvent de politique à travers les partis, les coalitions, les postes et les élections.
Mais derrière ces mots, il y a des femmes et des hommes.
Des parcours. Des rencontres. Des fidélités. Des désaccords. Des engagements parfois anciens.
Et surtout, il y a des citoyens qui ont placé beaucoup d’espoir dans une alternance et qui regardent aujourd’hui avec attention ce que deviennent les relations entre ceux qui avaient porté ensemble cette dynamique.
C’est dans cette réalité qu’il faut comprendre la démarche de Boubacar Camara.
Lors de la rencontre « Yendou Tabax », en septembre 2026, il a de nouveau refusé de choisir entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko et a appelé à leur rapprochement. Il a expliqué que les divergences entre les deux hommes lui paraissaient secondaires au regard de ce qui les avait réunis.
On peut discuter cette position. On peut même la critiquer.
Mais il serait réducteur de n’y voir qu’un calcul politique.
Car derrière cette démarche se trouve une idée simple : tout désaccord ne doit pas nécessairement conduire à la rupture.
Le Sénégal n’a pas besoin que toutes les voix deviennent une seule voix
L’histoire politique du Sénégal est aussi une histoire de pluralisme.
La reconnaissance progressive du multipartisme a permis à des sensibilités différentes de s’exprimer et de participer à la vie publique.
Cette diversité a une valeur démocratique.
Pourquoi faudrait-il alors que le rassemblement signifie nécessairement la disparition des différences ?
Pourquoi faudrait-il, lorsqu’une majorité existe, que tous ceux qui la composent appartiennent au même parti ?
C’est là que la position de TABAX-Construire prend un sens particulier.
Le mouvement dit, en substance : nous pouvons être ensemble sans être identiques.
Cette idée paraît simple. Pourtant, elle est loin d’être évidente dans la pratique politique.
Parce qu’une alliance crée naturellement des attentes.
Parce que les militants veulent savoir où se situe leur parti.
Parce que les responsables politiques sont souvent poussés à choisir.
Parce que le débat public transforme rapidement une nuance en position de camp.
Et parfois, entre deux camps qui s’affrontent, il devient difficile de simplement dire : « Nous voulons rester nous-mêmes, mais nous voulons continuer à travailler avec vous. »
C’est pourtant précisément ce que TABAX-Construire revendique aujourd’hui.
L’autonomie, ce n’est pas tourner le dos aux autres
Il faut alors revenir au sens du mot autonomie.
Être autonome ne signifie pas être solitaire.
Cela signifie pouvoir décider de sa trajectoire, défendre ses convictions et conserver sa capacité de dialogue.
Une organisation politique peut dire non à une fusion sans dire non au rassemblement.
Elle peut refuser de disparaître dans une autre formation tout en acceptant de construire avec elle.
Elle peut avoir son identité sans considérer l’autre comme un adversaire.
C’est toute la différence entre l’autonomie et l’isolement.
Et c’est probablement l’un des enjeux du positionnement de TABAX-Construire.
Boubacar Camara affirme que son parti n’est « en concurrence ni avec Kiiraay ni avec Pastef » mais qu’il considère ces formations comme des alliées au sein de la mouvance présidentielle. Il appelle également à retrouver la dynamique politique qui avait porté le bloc de 2024.
Cette position peut être discutée, mais elle mérite d’être comprise pour ce qu’elle cherche à exprimer : rassembler sans obliger chacun à renoncer à ce qu’il est.
« Construire » : un mot qui dit beaucoup
Il y a aussi quelque chose de profondément humain dans le nom même du mouvement : TABAX.
Construire: construire suppose d’abord de croire qu’il y a quelque chose à bâtir.
Cela suppose du temps, de la patience et surtout l’acceptation du fait que tout ne peut pas être obtenu immédiatement. On ne construit pas un pays en quelques mois. On ne construit pas une administration efficace en changeant simplement des responsables. On ne construit pas une économie solide avec des slogans. On ne construit pas la confiance par la confrontation permanente.Construire demande du travail.
Cela demande de former des femmes et des hommes capables de prendre des responsabilités. Cela demande de valoriser la compétence, le mérite, l’éthique, l’innovation et le capital humain.
Mais construire, c’est également savoir écouter. C’est accepter de corriger ses erreurs. C’est savoir reconnaître que l’autre peut parfois avoir raison.
Et surtout, c’est comprendre qu’une société ne peut avancer si chacun passe son temps à démolir ce que l’autre vient de construire.
Boubacar Camara : derrière le responsable politique, un homme de dialogue
Le parcours de Boubacar Camara permet également de comprendre cette approche.
Son expérience de l’administration et de l’action publique nourrit un discours dans lequel la compétence, le travail et la responsabilité occupent une place importante.
Mais ce qui ressort aujourd’hui de ses prises de parole est aussi une volonté de dialogue.
Lorsqu’il affirme qu’il faut rapprocher Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, il ne se présente pas comme celui qui doit désigner un vainqueur entre les deux hommes.
Il dit vouloir les voir se retrouver. Cette nuance est importante.
Dans une période où la politique pousse souvent à choisir son camp, il choisit de défendre une autre idée : celle du rapprochement.
Lors de « Yendou Tabax », il a ainsi appelé les deux responsables à renouer leurs relations, considérant que leurs retrouvailles pourraient être bénéfiques au Sénégal.
On peut y voir une stratégie politique.
On peut aussi y voir une conviction personnelle.
Et peut-être que les deux dimensions ne sont pas incompatibles.
Parce que derrière les querelles politiques, il y a un pays
C’est ici que le débat devient plus profond.
Pendant que les responsables politiques se disputent, le Sénégal continue de vivre.
Les familles attendent des emplois.
Les jeunes cherchent des perspectives.
Les entrepreneurs cherchent des conditions pour investir.
Les étudiants espèrent une formation qui leur ouvre réellement les portes de l’avenir.
Les agriculteurs attendent des réponses concrètes.
Les fonctionnaires veulent pouvoir travailler dans des institutions efficaces.
Et partout dans le pays, des citoyens ordinaires se demandent surtout une chose : quand est-ce que la politique va enfin se traduire concrètement dans leur quotidien ?
C’est cette réalité qu’il ne faudrait jamais perdre de vue.
La politique n’est pas seulement une affaire de personnes.
Elle a des conséquences sur la vie des gens.
Lorsque les tensions s’installent durablement au sommet de l’État, elles occupent l’espace public, mobilisent les énergies et peuvent détourner l’attention des problèmes auxquels les Sénégalais sont confrontés.
C’est pourquoi la recherche du dialogue n’est pas nécessairement une faiblesse. Elle peut aussi être une responsabilité.
La République avant les personnes
C’est probablement ce qui donne le plus de sens à la formule avancée par Boubacar Camara : « Notre position reste la République. »
Derrière cette phrase, il y a une idée que la politique sénégalaise gagnerait à ne jamais oublier : les dirigeants passent, les partis évoluent, les coalitions naissent et disparaissent, mais les institutions demeurent. La République est plus grande que les personnes.
Elle est plus grande que les rivalités.
Elle est plus grande que les ambitions individuelles.
Et elle doit rester plus importante que les querelles du moment.
Cela ne signifie pas que les désaccords doivent disparaître.
Une démocratie a besoin de désaccords.Mais elle a aussi besoin de femmes et d’hommes capables de dire : « Nous ne sommes pas d’accord, mais nous pouvons encore nous parler. »
Rassembler sans effacer
C’est peut-être finalement là que se trouve le véritable pari de TABAX-Construire. Pas simplement gagner une place dans une coalition. Pas simplement préserver une existence politique. Mais essayer de démontrer qu’il est possible de rester soi-même tout en participant à quelque chose de plus grand que soi.
Préserver son identité.
Défendre ses convictions.Respecter celles des autres.Et chercher, malgré tout, les points de convergence.
Cette conception du rassemblement est exigeante parce qu’elle demande de résister à la facilité du « tout ou rien ». Elle demande de ne pas transformer chaque désaccord en rupture. Elle demande aussi aux autres de reconnaître qu’une alliance ne signifie pas nécessairement une soumission. Et si le véritable enjeu était simplement de pouvoir encore se parler ?Au fond, le débat autour de TABAX-Construire dépasse peut-être TABAX-Construire lui-même. Il touche à quelque chose de plus profond dans notre vie politique.Sommes-nous encore capables de nous parler lorsque nous ne sommes pas d’accord ? Sommes-nous capables de reconnaître les qualités d’un adversaire sans être accusés de trahison ? Sommes-nous capables de défendre notre propre vision sans considérer automatiquement celle de l’autre comme une menace ? Sommes-nous capables de construire des alliances sans exiger que chacun abandonne son identité ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées.
Parce qu’un pays ne se construit pas seulement avec des routes, des écoles, des hôpitaux ou des investissements.Il se construit aussi avec de la confiance.Avec du respect, avec du dialogue, avec la capacité de se retrouver après s’être éloignés. Construire, malgré les différences
Le Sénégal n’a probablement pas besoin que toutes ses forces politiques pensent de la même manière.
Il a besoin qu’elles soient capables de travailler ensemble lorsque l’intérêt général l’exige.
Il a besoin de responsables qui savent défendre leurs convictions sans transformer leurs différences en hostilité permanente.
Il a besoin d’une majorité capable de supporter le débat en son sein.
Il a besoin d’une opposition capable de critiquer sans souhaiter l’échec du pays.
Et il a besoin de citoyens qui puissent croire que la politique peut encore être autre chose qu’une succession de conflits.
C’est dans cette perspective que le choix de TABAX-Construire peut être lu.
Ne pas choisir entre deux hommes. Ne pas renoncer à son identité. Ne pas fermer la porte au dialogue. Ne pas confondre autonomie et isolement.
Et surtout, ne jamais oublier que derrière les partis, les coalitions et les rivalités, il y a un pays.
Un pays avec ses urgences.
Un pays avec ses espoirs.
Un pays avec une jeunesse qui attend.
Un pays avec des familles qui veulent simplement vivre mieux.
Un pays qui n’a pas besoin que ses responsables soient toujours d’accord, mais qui a besoin qu’ils soient capables de se parler, de se respecter et, lorsque cela est possible, de construire ensemble.
C’est peut-être cela, finalement, le sens le plus profond de « TABAX-Construire » : ne pas chercher à bâtir seul, mais ne pas disparaître non plus dans la construction des autres.
Rester soi-même. Respecter l’autre. Préserver la République. Et construire, malgré les différences.
Cheikh.K.Ndiaye
Militant TABAX-Construire



