Entre le Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) et le Conseil des éditeurs et diffuseurs de presse du Sénégal (CDEPS), les relations ne sont pas vraiment au beau fixe. En effet, après une sortie du CNRA suite à une requête du parti au pouvoir Pastef, le CDEPS a, à son tour, réagi en demandant à l’autorité de régulation de faire preuve de plus justesse et d’être garant de la liberté de presse.
Le Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) a publié, ce mardi 25 mars, un communiqué appelant les médias audiovisuels à plus de responsabilité dans leurs contenus. L’organe de régulation dénonce les dérives constatées sur les plateaux de télévision, où certains chroniqueurs tiennent des propos jugés injurieux ou attentatoires aux institutions et à la moralité publique.
Une sortie du CNRA, dont les membres désignés depuis début janvier ne sont toujours pas installés, qui fait suite à une interpellation du parti au pouvoir qui a dénoncé la sortie du chroniqueur Badara Gadiaga de la TFM. Ce dernier étant accusé d’avoir tenue des propos injurieux à l’endroit du député Amadou Ba du Pastef, dans l’émission Diakarlo, vendredi nuit, lors d’un vif échange.
Dans son communiqué, le CNRA a rappelé que les médias sont « seuls responsables du contenu des émissions qu’ils éditent, programment et diffusent ». Mamadou Oumar Ndiaye, président du CNRA, a exhorté ainsi les responsables des chaînes à prendre les mesures nécessaires pour éviter tout manquement aux obligations définies dans leur cahier des charges.
Pour le CDEPS, le CNRA porte atteinte à la liberté de la presse
En réaction à cette mise en garde, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) a publié, ce mercredi 26 mars, un communiqué exprimant sa « profonde inquiétude » face à la démarche du CNRA. Le CDEPS estime que cette prise de position de l’organe de régulation résulte d’une « volonté de contrôle » des médias et d’une « ingérence » dans leur fonctionnement interne.
Tout en condamnant « les injures et propos diffamatoires », le CDEPS s’interroge sur « l’opportunité de cette mise en garde, qui coïncide avec l’appel d’un parti politique ». Il y voit « une tentative de museler la presse ». D’autant plus que, selon lui, « des atteintes à la liberté de la presse se multiplient à travers des pressions fiscales, la privation de publicités et des coupures de signaux de certaines chaînes ».
Mamadou Ibra Kane, président du CDEPS, exhorte le CNRA à « garantir son indépendance » et à se « conformer aux textes en vigueur » en procédant à l’installation de son collège de membres. Il réaffirme également son « attachement à la liberté de la presse » et appelle les autorités à « prendre des mesures pour garantir la sécurité des journalistes et des médias, rétablir un fonctionnement indépendant du CNRA, mettre fin aux intimidations et pressions contre la presse ».
Ce bras de fer entre le CNRA et le CDEPS met en lumière la question sensible de l’équilibre entre régulation et liberté d’expression. D’un côté, le CNRA insiste sur la nécessité de préserver la responsabilité éditoriale des médias et de lutter contre les dérives verbales. De l’autre, le CDEPS craint une instrumentalisation de la régulation à des fins de contrôle politique. Le tout dans un contexte de fortes tensions autour de la liberté de la presse au Sénégal.
Raune





