La compagnie pétrolière australienne Woodside Energy a officiellement déposé une plainte contre le gouvernement sénégalais auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une institution relevant du groupe de la Banque mondiale. La requête, enregistrée le 30 mai 2025, cible spécifiquement le ministère sénégalais du Pétrole et de l’Énergie. Bien que les détails précis du différend n’aient pas été divulgués, cette action survient dans un contexte de tensions croissantes entre l’entreprise et l’État sénégalais concernant des questions fiscales et contractuelles.  
Un différend fiscal majeur en toile de fond
En août 2024, l’administration fiscale sénégalaise avait adressé à Woodside une notification de redressement estimée à 41 milliards de francs CFA (environ 62,5 millions d’euros). Ce redressement portait principalement sur le traitement fiscal des dividendes et sur les contrats de sous-traitance liés au projet Sangomar. Woodside avait contesté cette décision devant la Cour suprême de Dakar, affirmant avoir respecté toutes les obligations fiscales en vertu du contrat de partage de production et de l’accord d’accueil avec le gouvernement sénégalais. 
Le projet Sangomar : un enjeu stratégique
Le champ pétrolier offshore de Sangomar, situé à environ 100 km au sud de Dakar, représente le premier projet pétrolier en mer du Sénégal. Woodside détient une participation de 82% dans ce projet, en partenariat avec la société publique sénégalaise Petrosen, qui possède les 18% restants. La production a débuté en juin 2024, avec une capacité initiale d’environ 100 000 barils par jour. Le projet a généré des revenus significatifs pour Woodside, contribuant à une augmentation de 13% de son chiffre d’affaires au premier trimestre 2025 par rapport à l’année précédente.  
Une volonté de renégociation des contrats
Depuis son élection en mars 2024, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a exprimé son intention de renégocier certains contrats d’exploitation pétrolière et gazière jugés défavorables au pays. Un audit du secteur extractif a été lancé, et une commission d’examen des contrats actuels a été mise en place. L’objectif est d’aligner ces contrats avec la législation actuelle, malgré les défis posés par les clauses de stabilité qui protègent les investissements étrangers. 
Perspectives et implications
La procédure d’arbitrage engagée par Woodside pourrait avoir des répercussions importantes sur l’attractivité du Sénégal pour les investisseurs étrangers dans le secteur des hydrocarbures. Elle souligne également les défis auxquels sont confrontés les pays producteurs de ressources naturelles lorsqu’ils cherchent à rééquilibrer les termes de leurs contrats avec les multinationales. Le gouvernement sénégalais n’a pas encore réagi officiellement à cette action en justice.
Ce différend met en lumière la complexité des relations entre les États et les entreprises multinationales dans le secteur énergétique, où les intérêts économiques, les obligations contractuelles et les aspirations souveraines peuvent entrer en conflit.
Raune





