Ekrem Imamoglu vient d’être placé en détention. Dans un pays où l’indépendance n’est pas la marque de la justice, cette incarcération est vue comme une façon d’écarter le principal opposant à Recep Tayyip Erdogan de la prochaine élection présidentielle. Des centaines de milliers de Turcs manifestent leur opposition dans tout le pays.
Recep Tayyip Erdogan veut aller jusqu’au bout. Un tribunal turc a incarcéré dimanche son principal rival politique, le maire d’Istanbul. Dans un communiqué, le tribunal a indiqué qu’Ekrem Imamoglu, 54 ans, avait été arrêté pour « création et direction d’une organisation criminelle, acceptation de pots-de-vin, détournement de fonds, enregistrement illégal de données personnelles et manipulation d’appels d’offres publics dans le cadre d’une enquête financière ».
Avec lui, vingt autres personnes sont poursuivies. Imamoglu est également accusé de terrorisme, c’est-à-dire de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), mais n’a pas été formellement arrêté pour ces faits. Il a nié les accusations, les qualifiant de « calomnies inimaginables ».
« Je reste debout, je ne m’inclinerai jamais », a fait savoir sur X, via ses avocats, celui qui est toujours maire d’Istanbul, appelant ses partisans à ne pas perdre espoir. « Nous allons éradiquer ce coup d’État, cette tache noire sur notre démocratie, tous ensemble ».
Le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force d’opposition auquel le maire d’Istanbul appartient, a dénoncé « un coup d’État politique ». Quatre jours après son arrestation qui a déclenché une vague de contestation en Turquie, le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, a été démis de ses fonctions, dimanche 23 mars.
Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville d’Istanbul pour le quatrième soir consécutif à l’appel de l’opposition afin d’y soutenir Ekrem Imamoglu, qui a dénoncé des accusations « immorales et sans fondement » à son encontre.
Vague de protestation d’une ampleur inédite
Des manifestants ont passé la nuit à l’intérieur de la mairie, certains tentant de trouver le sommeil sur des chaises disposées dans le hall du vaste bâtiment en attendant d’être fixés sur le sort du maire, a constaté un photographe de l’AFP.
Pour tenter de prévenir des troubles, le gouvernorat d’Istanbul a prolongé l’interdiction de rassemblements jusqu’à mercredi soir et annoncé des restrictions d’entrée dans la ville aux personnes susceptibles de participer à des rassemblements, sans préciser comment il les mettrait en œuvre.
Depuis mercredi, la vague de protestation déclenchée par son arrestation s’est répandue à travers la Turquie, atteignant une ampleur inédite depuis le grand mouvement de contestation de Gezi parti de la place Taksim d’Istanbul, en 2013.
Des rassemblements ont eu lieu dans au moins 55 des 81 provinces turques, soit plus des deux tiers du pays, selon un décompte effectué samedi par l’AFP. Ces manifestations ont débouché sur des centaines d’arrestations dans au moins neuf villes du pays, selon les autorités.




